LE DIACONAT
dans les lettres de Mgr de Pressigny le réconfort nécessaire à sa conscience délicate. « Mon ami, lui écrivait le digne prélat, c'est moi qui répondrai à Dieu de votre ordination, et je ne crains pas qu'elle soit pour moi un sujet de condamnation. Votre vocation est bonne; il s'agit d'y répondre (1). »
L'abbé de la Mennais obéit. Le samedi des Quatre-Temps, 24 septembre 1803, il était ordonné diacre à Rennes par Mgr de Maillé. Gomme de coutume, il fit part de ses impressions à Mgr de Pressigny, qui Fexcita de nouveau cl la confiance. L'ancien évéque de Saint-Malo n'insistait plus pour l'envoyer à Saint-Sulpice. Il reconnaissait maintenant que Dieu avait d'autres desseins. Ces années de jeunesse dépensées sans compter au service de Dieu et des âmes, dans des travaux monotones et pénibles, lui paraissaient, comme à l'évequede Rennes, un noviciat suffisant. Il l'écrivit expressément à son protégé, qui, à l'exemple des saints, envisageait avec tremblement le ministère de l'autel.
M. de la Mennais aurait aimé, sans doute, à prolonger pendant plusieurs années ce méritoire apprentissage; mais hélas! si la moisson devenait abondante, les ouvriers manquaient toujours. Dès le commencement de janvier J804, quatre mois seulement iprès sa dernière ordination, on lui enjoignit de se préparer au sacerdoce.
Le jeune diacre n'avait que vingt-trois ans. Il lui fallait une dispense d'âge. L'abbé Meslé de Grandclos se chargea de la solliciter pour lui auprès du cardinal Caprara, qui résidait alors à Paris, en qualité de légat du Saint-Siège.
Voici en quels termes il parlait de son protégé : < Le suppliant est aussi estimable par sa piété, sa modestie et sa maturité, qu'il est recommandable par ses talents dans les sciences ecclésiastiques, par ses connaissances dans le dogme et la morale, par sa soumission et son attachement aux lois et aux décisions de la sainte Eglise romaine... (2) »
(1) Cité par Ropartz, op. cit., p. 36. '2) Lettre datée du 2o janvier 1804.
Ayant le grand jour, le pieux ordinand put faire trêve, quelque temps du moins, à ses fatigantes fonctions : on lui accorda une semaine de retraite. Que se passa-t-il alors entre Dieu, qui voulait accomplir par son serviteur de si grandes choses, et cette âme épurée par l'humilité, assouplie par le renoncement, fortifiée par le sacrifice, qui venait à lui simplement et docilement, pour obéir jusqu'à la mort? Nous l'ignorons, ou plutôt nous n'avons pu retrouver que des traces fugitives de ses colloques avec le divin Maître (!}.
Mais qu'importe le plan de vie sacerdotale que traça alors le fervent jeune homme dans le silence de sa cellule ? La suite de ses œuvres ne nous le fera-t-elle pas assez connaître ? Et sa longue vie de travail, de luttes et de sacrifices sera-t-elle autre chose que l'accomplissement magnifique des promesses de sa prêtrise ?
Usé par les fatigues et aussi par de récentes contradictions, Mgr de Maillé traînait à Rennes une vieillesse languissante. C'est à lui néanmoins que M. de laMennais alla demander le pouvoir de monter à l'autel. Le prélat eut encore assez de forces pour faire cette ordination, la dernière de son épiscopat. Sur vingt-quatre ordinands présentés au pontife, un seul aspirait au sacerdoce, c'était le jeune professeur de Saint-Malo.
Le samedi des Quatre-Temps, 25 février 1804, ses désirs
{!) L'abbé Jean-Marie écrivait, aux premiers jours de sa retraite, les lignes suivantes : « Mon Dieu, enfin je trouve un moment où, seul avec vous, je puis me rappeler et les grâces que vous m'avez faites et les obligations que rnimpose l'état saint que j'embrasse. Tranquille aux pieds de mon crucifix, pour exciter de plus en plus ma reconnaissance, pour nourrir ma confiance en Dieu, je vais méditai' sur les engagements que j'ai contractés, et, afin de m'aider à y être fidèle toute ma vie, je vais écrire les résolutions que j'ai prises lorsque j'ai eu le bonheur de recevoir le sous-diaconat, les ordres mineurs et la tonsure. Avec quelle joie, avec quelle douce satisfaction je me le rappelle. Seigneur, ce jour mille fois heureux où, prosterné devant vos saints autels, je dis du fond de mon cœur : Dominus pars . . .
« Oui, alors j'ai renoncé entièrement, non seulement au monde, à ses biens, à ses plaisirs, mais encore à mes goûts, à mes volontés. Je me suis renoncé moi-mômé pour m'attacher à Dieu sans partage. Avec quel secret plaisir je me présentai au Seigneur comme ime victime qui devait être consumée ici- Las par l'ardeur de son amour! ...» — Fragment inédit. — Archives des Frères.
Cette méditation est malheureusement incomplète.