FONDATION DU COLLEGE DE SAINT-MALO
gnemcnt. Bientôt, il eut rédigé les diverses parties de son cours, et dès lors ses leçons furent, non plus seulement suffisantes, mais de tout point remarquables.
La réunion en vue d'une œuvre commune de ces trois hommes qui furent tous, à des titres différents, fondateurs du collège de Saint-Malo, paraît avoir eu lieu en 1802 (1). En 1804, ils s'adjoignirent un quatrième collaborateur, l'abbé Hay, qui ne tarda pas à se lier d'une amitié très vive avec M. de la Mennais.
Vers le même temps, on trouve au collège un abbé de Léhen, qui devint plus tard vicaire à Saint-Malo, et mourut chanoine titulaire de la métropole ,de Rennes.
Malgré tout, il faut l'avouer, les chances de succès étaient médiocres. Un prêtre sexagénaire, boiteux, déjà chargé d'infirmités, exerçant simultanément les fonctions de vicaire et celles de professeur ; un autre prêtre dans la force de l'âge, obligé de mener de front la surveillance et la direction spirituelle d'un collège avec les fonctions du ministère que lui imposaient en ville ses anciennes relations ; un sous-diacre réduit à apprendre la théologie en renseignant aux autres; deux jeunes clercs pourvus tout au plus des connaissances sommaires qu'il était possible d'acquérir alors : tels étaient les éléments humains de l'œuvre naissante. C'était la faiblesse, l'obscurité, l'impuissance; il fallait que sur ce néant Dieu prononçât la parole de vie.
Mgr de Maillé avait béni la nouvelle institution; mais il^ne pouvait guère donner à M. Engerran et à ses aides d'encouragements effectifs. Rennes était loin de Saint-Malo, et d'ailleurs il y avait tant à faire pour réorganiser un vaste diocèse livré au schisme depuis dix ans!
Heureusement l'évêque eut la pensée de placer à Saint-Malo un vicaire général muni de pouvoirs très étendus et capable de donner une vive impulsion aux œuvres que l'on tentait de ressusciter. C'était M. Meslc
(1) C'est l'opinion du « curé du diocèse de Rennes » qui a écrit la Vie de M. Bachelot. Elle paraît bien d'accord avec les faits. — Voir Vie de M. Bachelot^ curé de Pleine-Fougères^ 2« édition, page 27.
de Grandclos, ancien théologal de Saint-Malo et archidiacre de Dinan. Privé par la Révolution d'une partie de sa fortune, et particulièrement de la maison qu'il habitait précédemment comme chanoine, il avait élu domicile dans la maison même de M. Engerran.
C'est ainsi qu'il fut témoin des difhciles débuts du collège et de la vaillance des trois fondateurs. Le spectacle de cette vie partagée entre les labeurs de l'enseignement et les fatigues sans trêve du ministère paroissial lui inspira pour MM. Engerran, Vielle et de la Mennais une estime qui ne se démentit jamais. Jusqu'à sa mort, arrivée en 1812, il ne cessa de les appuyer de son influence auprès de l'éveque de Rennes.
Absorbé par des besognes fatigantes et souvent disparates, l'abbé Jean devait encore trouver le temps de se préparer au diaconat. Heureusement le travail ne le détournait pas de la présence de Dieu(l).
Fidèle aux exercices de la Société du Cœur de Jésus, soutenu par les exemples des deux saints prêtres dont il partageait la vie, le jeune professeur trouvait toujours
(l Voici un fragment de ses entretiens avec le divin Maître pendant sa retraite d'ordination : « 0 mon Dieu! c'est avec joie que je vais resserrer les liens qui m'attachent irrévocablement à vous. Déjà je vous avais pris pour part de mon héritage. Déjà je m'étais consacré pour t(>ujours au service de vos autels; mais bientôt, oh! bientôt, je vais être éïévé à un ordre supérieur, à celui qui précède immédiatement le sacerdoce. 0 mon Sauveur, je serai donc le coopérateur de votre Corps et de votre Sang, comminisier et cooperalor corporis et scmr/^dms Domini. (Pontif.) QuelTe haute dignité, quel emploi sublime! Je lirai l'Evangile du salut dans l'assemblée de^ iidéles ; peut-être leur annoncerai-je la parole sainte. Je monterai à l'autel, je prendrai le calice du salut, je l'oll'rirai au nom du peuple; je tiendrai entre mes mains les vases sacrés dans le moment où ils renferment la divinité tout entière. Mon Dieu, mon Dieu, comment oserai-je remplir un ministère si saint? Qu'il s'en faut que j'aie les dispositions nécessaires pour m'en acquitter dignement! 0 Jésus! mon bienaimé Jésus! aidez moi à mettre en pratique les résolutions que je prends aujourd'hui: Vous connaissez ma faiblesse; atfermissez mes pas chancelants. La route où je marche est semée d'écueils. Tendez-moi la main de votre miséricorde, afin que j'arrive un jour à cette cité sainte où je vous verrai, où je vous louerai, où je vous adorerai pendant toute la durée des jours éternels ! » — Fragment inédit. — Archives des Frères.