‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 55 sur 257 · SAINT-MALO. DEVELOPPEMENTS DE L ECOLE ECCLESIASTIQUE · texte numérisé non relu

SAINT-MALO. DEVELOPPEMENTS DE L ECOLE ECCLESIASTIQUE

« Quelque part que je jette les yeux sur les membres de la Société du Cœur de Jésus, écrivait un jour le P. de Clorivière, je n'en vois aucun qui ne remplisse ses fonctions ayec zèle, et qui ne soit compté par ses supérieurs parmi les ouvriers les plus distingués (1). »

Nul groupe d'associés ne méritait mieux ce bel éloge que la petite communauté du collège de Saint-Malo. Les trois fondateurs, MM. Engerran, Vielle et de la Mennais, feisaient honneur plus que personne à la direction de l'éminent religieux.

Tous se dépen^gaient sans compter pour le succès de l'œuvre commune. Le plus jeune était déjà tombé sur la brèche. Quelques mois après la retraite de Jean de la Mennais, ce fut le tour de M. Engerran. Celui-là ne devait pas se relever.

L'abbé Jean était alors à la Chesnai'e. A la première nouvelle du mal, il s'empressa de recontmander aux suffrages des associés l'intrépide vieillard. Le P. de Clorivière pria et fit prier pour un homme que « tout le clergé de Saint-Malo devrait, disait-il, s'efforcer de soulager, parce

(i) R. P. Jacques Terrien, Histoire du P. de Clorivière, p. 411.

qu'en tout temps il s'est épuisé pour le bien du diocèse. » Mais l'heure de la récompense était venue. Après un mieux passager, M. Engerran rendit son âme à Dieu, le 4 décembre 1806.

Cette mort faisait retomber sur les épaules de M. V^ielle tout le poids de la direction du collège. Plus que jamais, le travail allait être écrasant. L'excellent prêtre ne se déroba point à la tache. Encouragé par Ifts fortes paroles du P. de Clorivière, il continua de se dévouer corps et âme à la prospérité de la chère maison. « Je n'ose, écrivait-il à son saint ami de Paris, je n'ose en quelque sorte vous parler de M. Engerran, de peur de rouvrir une plaie qui saigne encore. Quel coup de foudre pour moi en particulier ! En le perdant, je perdais le meilleur des amis, je perdais un père. Ce n'est point tout encore. Chargé par Monseigneur l'évoque de Rennes de la direction du petit séminaire nouvellement établi à Saint-Malo, je me voyais dans une espèce d'impossibilité de continuer cette bonne œuvre. Sans local, sans fortune, sans soutien, pour ainsi dire sans espérance, je me jetai néanmoins plein de confiance entre les bras de Dieu, et déjà j'éprouve la vérité de cet oracle, qu'aucun de ceux qui espèrent en lui ne sera confondu. Nous réunissons dans la môme maison les humanités, la philosophie et la théologie, et jusqu'à ce moment, nous ne sommes que quatre à pourvoir à tout. Jugez par là de la multiplicité de mes occupations, puisque, outre les fonctions de directeur du séminaire, d'inspecteur des humanités, je me vois obligé, par la maladie de notre cher La Mennais, de faire celles de professeur de théologie et de suppléant de vicaire (1). »

Malgré ces obstacles, l'œuvre prospérait. Tant de dévouement avait attiré aux fondateurs du collège de chaudes sympathies.

La loi du 11 floréal an X attribuait aux conseils mumcipaux le choix des instituteurs et le droit de régler leurs honoraires. La municipalité de Saint-Malo eut l'idée de

(1) R. P. Jacques Terrien, op. cil. p. 417.

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