‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 67 sur 257 · M. MET, CURE DE GANCALE · texte numérisé non relu

M. MET, CURE DE GANCALE

sa propre cause, juge de ses talents, de ses forces, de ses convenances;, et, chaque fois que le Père de famille veut envoyer un ouvrier dans sa vigne, c'est un traité à conclure, oii l'on ne craint point de discuter avec lui, parce que, sans doute, on oublie cette parole si touchante de son Fils : Ecce venio ut faciam, Deiis, voluntatem tuam (1). Si vous croyiez ne devoir pas vous rendre aux sollicitations si pressantes, si pleines de bonté de votre évêque, ce ne serait sans doute qu'après avoir mûrement réfléchi, et sur les raisons les plus fortes. Mais combien s'en trouvera- t-il qui, sans avoir les mêmes raisons, s'autoriseront d'un exemple auquel votre caractère et vos vertus donneront tant de poids! » Et, sentant le besoin d'invoquer les droits de l'amitié pour faire passer ses austères remontrances, il ajoutait : « Voilà qu'en vous écrivant ces choses, que votre cœur vous dira encore bien mieux, le mien se sent tout affligé d'avoir à remplir un devoir si triste. Est-ce bien moi qui vous engage à nous quitter? moi, dont la plus douce espérance était de vous voir vous rapprocher de nous? moi, qui me flattais que de nouveaux et plus intimes rapports resserreraient bientôt les liens d'une amitié qui m'est si chère? Du moins, que j^aie la consolation d'apprendre que cette lettre ne l'a point affaiblie, et que vous y avez reconnu les sentiments de respect et de vénération qui vous sont dus à tant de titres (2)! » M. Met fut-il ébranlé par cette parole à la fois si franche et si cordiale ? C'est probable ; mais tant d'affections le retenaient à Cancale, qu'il craignit de ne pouvoir faire ailleurs un bien aussi étendu, et, avec l'assentiment de révoque, il resta.

^r « Voici que je viens, mon Dieu, aliii de faire votre volonté. » (2) Cf. Ropartz, p. 112.

Cependant la démarche de Fabbé Jean avait été signalée à Mgr Enoch. Il apprécia cette nouvelle marque de zèle, et se décida à reconnaître par un témoignage public d'estime les mérites du zélé professeur.

Le 15 juillet 1810, M. de la Mennais recevait du prélat, la Jettre suivante : « Voulant, Monsieur Fabbé, vous donner une preuve de notre considération particulière et de l'intérêt que nous attachons à vos services en faveur de notre petit séminaire de Saint-Malo, nous vous avons nommé chanoine honoraire de notre église cathédrale... » Et il ajoutait, sur une feuille jointe à la lettre officielle : a Ce n'est pas une faveur que je vous accorde, c'est un droit que je reconnais et un devoir que je remplis. Ne me remerciez pas. »

Le nouveau dignitaire n'avait pas encore trente ans.

Bien des fois, dans le cours de sa longue vie, il sera l'objet de distinctions semblables. Il en viendra même à cet excès d'indifférence pour les honneurs humains, qu'on le surprendra un jour griffonnant des notes d'administration au verso d'un de ses diplômes de chanoine; mais il voyait alors dans cet encouragement l'approbation tacite d'une conduite qui ne s'était pas toujours inspirée des tendances épiscopales. 11 fut touché de l'impartialité de Mgr Enoch, et il lui exprima sa reconnaissance en termes délicats.

« Monseigneur, disait-il, vous me mettez dans le plus doux embarras où je me sois trouvé de ma vie. En lisant les choses flatteuses que vous daignez me dire, je ne sentais que le plaisir d'être l'objet d'une bonté si aimable et si indulgente, etpuis, tout d'un coup, voilà que, quand je veux vous répondre, je ne sens plus que mon impuissance à vous exprimer ce que j'éprouve, quoiqu'il semble que je n'eusse qu'à laisser couler de mon cœur les sentiments dont il est plein. Mais le premier qui a voulu se produire, c'est précisément la reconnaissance, et vous me défendez ce

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