LE SÉJOUR AUPRÈS DE MONSEIGNEUR CAFFA|ŒLLT
Vers la fin de septembre 1812, un jeune prêtre se présentait à Saint-Servan, chez M. Vielle. C'était Tabbé Renault, familier de l'évêque de Saint-Rrieuc (1). Il venait, de la part de Mgr Caffarelli, proposer au zélé éducateur le poste de supérieur de son grand séminaire.
M. Vielle hésita d'abord : « Serai-je bien l'homme qu'il faut? » répétait-il.
Et, comme le messager s'eflTorçait de rassurer sa modestie, il allégua les liens qui l'attachaient au diocèse de Rennes. Si Mgr Enoch, affaibli par l'âge, paraissait l'oublier, il n'en était pas de même des fidèles qui, de plus en plus nombreux, recouraient à sa direction. Surtout il craignait d'abandonner dans l'épreuve celui qu'il appelait toujours « son Jean-Marie ».
C'est M. de la Mennais lui-même qui mit fin à ses perplexités. Il se serait reproché de garder auprès de lui, dans une inaction relative, celui qui pouvait être la lumière d'un diocèse. De part et d'autre, les adieux furent pénibles. Malgré tout, l'abbé Jean fit bonne contenance, et M. Vielle partit.
(1) Nommé secrétaire de ré/êché le 8 janvier 1813.
L'évoque de Saint- Brieuc connaissait déjà le jeune prêtre malouin. L'abbé de Quélen, son diocésain, le lui avait présenté, dans une circonstance que nous avons rappelée, et lui avait donné la plus haute idée de ses qualités. Il voulut reconnaître par quelques paroles aimables la privation qu'il s'imposait.
« Monsieur, lui écrivait-il le 22 octobre 1812, je sens toute l'étendue du sacrifice que vous venez de faire. M. Renault m'a raconté combien il en a coûté à votre cœur, et avec quel courage vous l'avez fait. J'en suis également pénétré d'admiration et de reconnaissance. Après Dieu, c'est à vous, Monsieur, que je dois le bonheur d'avoir M. Vielle pour supérieur de mon séminaire. Gomment pourrai-je reconnaître un aussi grand service (1)? «
Cette lettre fut le point de départ de fréquentes relations.'
Pendant l'année 1813, M. de la Mennais échappait, le plus souvent possible , aux soucis de ses tristes affaires en prenant la diligence de Saint-Brieuc. Le palais épiscopal lui était ouvert, aussi bien que le séminaire, et, M. Vielle aidant, il eut bientôt fait la conquête du prélat.
Outre ses vastes connaissances, Mgr Gaffarelli appréciait en lui l'entrain joyeux qu'il savait mettre au service de la charité. Souvent il pensait que ce prêtre jeune, actif, déjà initié aux grandes affaires, lui serait un auxiliaire précieux.
Il avait alors pour secrétaire particulier un ecclésiastique détenu autrefois sur les pontons de Rochefort, M. Antoine Besson. Affligé d'infirmités chroniques dues aux mauvais traitements qu'il avait subis, ce secrétaire mourut à la fin de Tannée 1813, laissant à M. Vielle sa stalle de chanoine à la cathédrale.
Mgr Gaffarelli offrit aussitôt à M. de la Mennais le poste de confiance que cette mort rendait vacant.
(1) Ropartz, p. 131.