DIRECTION SPIRITUELLE
la patience dans l'épreuve qui purifie, la douceur qui, en donnant la paix, rend supportables tous les maux de la vie, sont ses vertus préférées.
L'onction avec laquelle il parle des choses de Dieu rappelle parfois les grands mystiques. D'ailleurs, une connaissance parfaite de Famé humaine, due à une grande finesse d'observation et à un sens très délicat des divers mouvements de la nature, lui permet d'appliquer à bon escient les règles posées par les maîtres de la vie spirituelle (1).
M. de la Mennais cite parfois Fénelon dans ses lettres ; mais visiblement sa principale source d'inspiration est ailleurs. Ce sont les œuvres ascétiques du saint archidiacre d'Evreux, M. Boudon, qui ont eu sur la forme spéciale de sa dévotion l'influence décisive. Cet auteur avait été révélé aux deux frères de la Mennais par l'abbé Brute, qui depuis longtemps trouvait dans ses livres Taliment ordinaire de sa piété.
Ecrivain médiocre, théologien plus pieux que savant, M. Boudon a presque toujours dans ses écrits une chaleur qui pénètre et réconforte. On ne reste pas insensible à ce langage simple, tout imprégné d'onction évangélique. C'est une âme de saint qui, peu à peu, allume autour d'elle des ardeurs passionnées pour l'extension du règne de Dieu. Un de ses opuscules est intitulé : Dieu seul. Ces pages avaient fait une telle impression sur les deux frères, qu'à l'exemple de M. Brute, ils placèrent longtemps ces mots en tête de leurs lettres, et que l'abbé Jean les choisit plus tard comme devise des Frères de l'Instruction chrétienne.
Si, de la paroisse de Saint-Malo, beaucoup d'âmes recouraient aux lumières de M. de la Mennais, c'est au collège surtout que son souvenir restait vivant. On sait quels liens l'unissaient à M. Querret. Deux de ses anciens confrères, MM. Langrez et Boger, avaient bien voulu continuer leur concours au nouveau principal, et ils confiaient à celui qu'ils regardaient toujours comme
(1) Voir, à la fin du volume, l'appendice J5.
leur guide les petites difficultés de leur vie quotidienne.
Dévoué par goût et par libre choix à Téducation des futurs prêtres, Tabbé Langrez se résignait difficilement à voir dans le collège communal autre chose qu'une école ecclésiastique. D'autre part, malgré ses excellentes dispositions, M. Querret n'osait pas sans doute transformer trop ostensiblement son école en séminaire ; d'où certains malentendus qui affligeaient parfois M. Langrez.
L'abbé Jean excellait à dissiper ces légers nuages.
« Faites bien attention à ceci, écrivait-il à l'abbé Langrez : dans la position où vous vous trouvez et où la divine Providence vous a mis, vous aurez d'autant plus d'autorité et d'influence, que vous paraîtrez en désirer moins. Jusqu'ici, vous avez fait tout ce que vous avez voulu en suivant cette règle, et je vous engage à ne pas vous en écarter. L'amitié n'est pas un vain mot, et la puissance de la douceur et de la persuasion est beaucoup plus grande et plus solide que celle d'aucune autre vertu. Vous avez affaire à un homme dont le cœur est aussi bon que son esprit est vif. Gagnez ou plutôt conservez son affection, et vous aurez toute sa confiance. Mon cher enfant, considérez saint Paul, et voyez comme il savait se plier, s'élever, s^abaisser tour à tour pour attirer tout le monde à Jésus-Christ. Voilà notre modèle; ayons-le sans cesse sous les yeux (1). »
M. Querret souffrait du peu d'encouragement que donnait à son collège l'évêque de Rennes, vieux, presque aveugle et, de sa nature, nous l'avons vu, un peu trop ami de la paix (2).
Or, il est question de nouveau de faire rétablir, en faveur de Mgr de Pressigny, l'évêché de Saint-Malo. Les notables de la ville, M. Pierre de la Mennais en tête, ont multiplié, dans ce but, démarches et pétitions. L'abbé Jean croit, cette fois, au succès, et s'efforce, afin de soutenir le
(1) Cité par la comtesse de Trémaudan : Comment s'est fondée en Bretagne une institution de charité, p. 20.
(2; Devenu entièrement aveugle, Mgr Enoch donna sa démission en 1819.