LE COLLÈGE DE SAINT-BRIEUG
déclare-t-il à M. Qiierret. lion préfet est charmant; ses camarades le comparent à saint Lonis de Gonzague, et je trouve cette comparaison très naturelle (1). »
Aussi, comme il leur est attaché!
On négocie à Rome un nouveau concordat, et il est toujours question de rétablir l'évêché de Saint-Malo. L'ecclésiastique désigné pour ce siège, M. de Grimouville, ancien chanoine de Goutances, a offert immédiatement à M. de la Mennais le poste de vicaire général. Cette proposition ne le tente pas; rit^n ne saurait l'arrachera ses chers collégiens. « 11 est vrai, écrit-il à M. Querret, M. de Grimouville m'a écrit une lettre extrêmement honnête; mais j'ai pris racine à Saint-Brieuc; plus je vais, plus les liens qui m'y attachent se fortifient. Depuis que le carême est commencé, je confesse, pour ainsi dire, du matin au soir. Cette procession d'hommes et de jeunes gens me plaît singulièrement. Tous les jours notre collège s'améliore. Vous ne vous faites pas d'idée de la piété, du zèle, de la ferveur de mes congréganistes. Ce sont des anges. Oh ! non! je n'abandonnerai pas des enfants qui me sont si chers (2). »
Ces lettres datent des premières semaines de 181S. Pour opérer ces merveilles, deux années avaient suffi.
On est moins étonné de ce rapide succès, quand on sait avec quelle énergie le grand vicaire avait poursuivi son œuvre. Certes, les obstacles n'avaient pas manqué. Certain billet adressé à son confident de Saint-Malo montre jusqu'à quel point la lutte avait été chaude : «Ah! quelle bagarre qu'un collège! s'écrie-t-il. Pour parvenir à réformer celui de Saint-Brieuc, il me faut me donner plus de soins, plus de peines, qu'il ne vous faut dire de paroles, depuis le l*^"" janvier jusqu'au 31 décembre, pour maintenir l'ordre dans votre établissement. Tout se décide à Paris, où tout, à peu près, se décide de travers; et puis le préfet, et puis le maire, et puis l'arrêté de celui-ci, le règlement de celui-là, les intrigues,
(1) Cité par Ropartz. p. 215.
(2) Ibid., p. 216.
les recommandations, que sais-je? C'est à n'en point finir (1). »
Il en finit pourtant, et, en 1818, il eut la joie de voir toutes les chaires du collège confiées à des ecclésiastiques. Le principal, nommé par son influence, était prêtre (2) ; le maire secondait ses vues , le préfet était son ami ; en fait, il était maître de l'établissement universitaire, presque autant que de ses écoles ecclésiastiques.
Nous avons sous les yeux un grand nombre de sermons adressés par M. de la Mennais aux collégiens de Saint- Brieuc. C'est une parole grave et forte, quoique empreinte de tendresse. On y sent l'éducateur apôtre qui veut préparer au pays des hommes d'honneur et de vaillants chrétiens.
Dans les exhortations qu'il adresse à ces jeunes gens, il s'attache particulièrement à leur faire connaître les prérogatives de la très sainte Vierge. Exalter l'humilité, le dévouement, la pureté de la créature céleste qu'ils ont prise pour mère, n'est-ce pas le meilleur moyen de les former à la pratique de ces vertus difficiles qui donnent à un front de vingt ans une si aimable auréole?
Toujours fidèle aux saines traditions ecclésiastiques et guidé dans le dédale des controverses théologiques par son amour pour la Reine du ciel, il n'hésite pas à proclamer du haut de la chaire son Immaculée Conception, plus de trente-cinq ans avant que l'Eglise en ait fait un dogme de foi.
Il y avait moins de mérite, sans doute, à enseigner cette opinion, alors généralement reçue en France, qu'à proclamer l'infaillibilité papale, si contestée chez nous. Il n^en est pas moins vrai qu'en se faisant l'ardent apôtre d'une A'érité admise simplement à titre de pieuse croyance, M. de la Mennais contribuait à fortifier ce sentiment du peuple chrétien qu'en 1834 Pie IX invoqua,
(1) Cité par Ropartz, p. 219.
(2) C'était M. Souchet, nommé le 7 novembre 1815. Il devint plus tard chanoine de Saint-Brieuc.