‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 2)Chapitre 98 sur 257 · MÉMOIRES ET STATISTIQUES · texte numérisé non relu

MÉMOIRES ET STATISTIQUES

mencèrent. Il n'était guère de mois où Tabbé Jean ne reçût quelque lettre ministérielle, lui demandant un rapport sur le nombre des élèves qui fréquentaient ses séminaires, leur situation de fortune ou la probabilité de leur vocation ecclésiastique. On était visiblement inquiet, on redoutait un excès d'influence, on se demandait si bientôt le nombre des prêtres sortis des maisons diocésaines n'allait pas devenir une menace.

Il fallait en finir avec cette guerre à coups d'épingle. M. de la Mennais envoya les statistiques demandées, mais il se dit qu'une statistique d'un autre genre serait probablement plus éloquente aux yeux d'un gouvernement qui, après tout, voulait le maintien de l'ordre.

Le nombre des crimes augmentait en Basse-Bretagne. Le grand vicaire eut l'idée d'envoyer au ministre Laîné l'analyse des jugements prononcés par les dernières cours d'assises de Saint-Brieuc. Les deux tiers au moins des criminels étaient originaires des paroisses laissées vacantes faute de prêtres (1).

Gomme l'avait prévu M. de la Mennais, cet argument porta. Pour quelque temps du moins, les écoles ecclésiastiques du diocèse furent assurées de la tranquillité, et même de la bienveillance du gouvernement.

(1) Voici les réflexions que M. de la Mennais soumit, le 3 décembre 1817, au ministre de l'Intérieur : « Notre situation est telle, Monseigneur, que nous ne saurions mieux vous la peindre qu'en mettant sous les yeux de Votre Excellence l'analyse des jugements prononcés par les dernières cours d'assises de Saint-Brieuc. Les deux tiers au moins des criminels traduits devant les tribunaux sont bas-bretons, et de quelles paroisses? De celles. Monseigneur, que nous sommes obligés de laisser vacantes, parce que nous manquons de prêtres. Ainsi la commune de Runan, où il n'y en a point, (pour ne rappeler que cet exemple) a eu, dans le mois d'octobre, six de ses habitants condamnés aux travaux forcés. Malheureux peuple, qui bientôt n'aurait plus d'autre pasteur que le bourreau, si l'école ecclésiastique de Tréguier ne nous donnait pas, plus tard, assez de sujets pour espérer qu'il sem encore possible de ranimer la religion, prête à s'éteindre dans ces contrées à demi-sauvages.

« Mais, Monseigneur, quand le nombre des prêtres diminue, il faut multiplier les gendarmes afin de conserver dans la société au moins l'apparence de l'ordre. Il serait temps enfin que les hommes à abstractions et à sophismes se tussent et qu'on écoutât les faits. Le conseil général du département, dans sa session de 1817, a déclaré qu'il était indispensable de placer une brigade de gendarmerie dans chaque chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lannion; or, dans cet arrondissement, plusieurs

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Le vicaire général montrait, mieux que par des paroles, qu'il n'avait aucun parti pris contre l'enseignement officiel. Les réformes qu'il demandait pour les établissements de l'Etat, il commença par les introduire lui-même, dans la mesure de son influence, au collège de Saint-Brieuc.

Il y avait beaucoup à faire, on le sait. En 1814, ce collège était si mal famé, que le premier préfet de la Restauration, M. de Goyon, ne consentit point à y placer ses fils (1).

Cependant la mission avait fait merveille parmi les écoliers, et les membres de la congrégation établie par M. de la Mennais avaient pris au sérieux leurs devoirs.

Bientôt il y eut, dans cette maison naguère si tristement composée, un noyau d'adolescents pieux comme des séminaristes (2). L'abbé Jean était leur aumônier volontaire. Tous ses rares loisirs, il les leur consacrait. Préparation à la première communion, retraites de la congrégation, confessions mensuelles ou hebdomadaires, tout retombait sur lui. Mais quelle joie lorsqu'il voyait ces âmes de jeunes gens, vaincues par son «zèle de feu », s'acheminer décidément vers la sainteté ! « Ces enfants sont des anges,

paroisses sont vacantes ; la plupart des autres sont mal desservies. Bégard, par exemple, ville de cinq mille âmes, n\i qu'un seul prêtre, vieux, infirme, incapable de remplir ses fonctions. Il avait un vicaire : nous le lui avons ôté pour le mettre à la tête d'une autre paroisse de deux mille cpiatre cents âmes, abandonnée, depuis plusieurs années, aux soins d'un recteur à moitié fou. 11 nous en coûte d'entrer dans ces détails ; nous les abrégeons.

« Que Votre Excellence ne soit donc pas surprise de l'intérêt que nous attachons au sort de nos écoles ecclésiastiques. En les défendant, nous défendons la vie même de la religion, qui ne peut se perpétuer que par elles. S'il fallait, pour empêcher c[u'elles ne fussent détruites, renoncer aux secours que le gouvernement nous accorde, vendre les vases de l'autel, en un mot tout sacrifier, nous n'hésiterions pas. (Mémoire inédit. — Archives de l'évêché de Saint-Brieuc.)

(1) Il pria M. Vielle de les recevoir dans une annexe du séminaire, et de leur faire donner des leçons de latin par quelques ordinands. Ce fut le noyau d'une sorte d'école ecclésiastique, qui, en 1817, comptait dix-huit élèves.

(2) Le collège comptait 300 élèves, parmi lesquels 40 à 50 étaient congréganistes.

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