NOMINATION DE M&R DE LA ROMAGÈRE
parmi tant d'autres autorités traditionnelles, pour glori lier solennellement la Vierge conçue sans péché.
La fondation de deux petits séminaires, l'accroissement donné à un troisième, la suppression de trois collèges communaux dont la mauvaise discipline était un danger public, le relèvement moral et religieux d'une importante maison universitaire, tout cela accompli en deux ou trois ans, sans parler des œuvres que nous raconterons plus tard, c'étaient là. pour un jeune vicaire général, d'assez beaux états de service.
On avait remarqué, au ministère de l'Intérieur, son esprit d'initiative, sa largeur de vues, son habileté à tourner les difficultés, et surtout sa parfaite loyauté. On pensa dès lors à faire de lui un évèque.
L'opinion le désigna notamment pour le siège de Nantes et pour celui de Saint -Malo. Mais placer un homme de trente-sept ans à la tète d'un diocèse eût été par trop contraire aux idées de l'entourage du roi. On n'appelait guère à ces postes élevés que des vieillards revenus de l'exil. « Mgr de Pressigny t'avait proposé, écrit alors Féli à son frère: le Grand -Aumônier a répondu que tu étais trop jeune. » Et puis, on voulait « décrasser l'épiscopat », et l'abbé Jean n'était pas, sans doute, d'assez ancienne noblesse pour frayer avec les marquis de vieille roche auxquels on destinait la mitre.
Son nom ne parut point sur la liste des évêques nomnu'- après le concordat de 1817: mais il se fit alors une nomination épiscopale qui devait avoir pour lui de graves conséquences. Le choix du roi pour le siège de Suint- Brieuc tomba sur M. Le Groing de la Romagère, ancien vicaire général de Châlons, de Bourges et de Clermont.
Si l'évêque nommé recevait prochainement ses bulles, l'autorité du vicaire capitulaire allait prendre (in: tout au plus pourrait-il être associé en qualité de grand vicaire à la nouvelle administration] dont le- vues différeraient
■Zl't JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
peut-être des siennes. Dans ces conditions, n'était-ïl pas sage à lui, prêtre ('{ranger an diocèse, d'accepter les propositions honorables qu'on lui avait faites ou qu'on pourrait lui faire ailleurs?
Ses perplexités se trahissent dans une lettre adressée à M. Querret, le Ier septembre 1817. « Je pars pour Paris dans quinze jours, écrit-il. Mon voyage était arrêté avant que le concordat fût conclu, ni qu'on soupçonnât même qu'il fût sur le point de l'être. La Providence, qui arrange tout pour le mieux, a permis que j'aie d'avance choisi cette époque, à laquelle se trouveront réunis dans la capitale nos futurs Seigneurs. Je ne sais si j'aurai le courage (car il en faut) de m'attacher à aucun. J'aimerais bien mieux me retirer dans mes bois, ou rester à Saint- Brieuc sans titre, ou rejoindre Féli et vivre, comme lui, avec M. (larron. Voilà les trois seuls partis auxquels je me sente porté. L'administration m'ennuie, me fatigue, me tracasse; autant vaut presque être condamné aux galères. Au reste, je n'ai pris aucune résolution ; le bon Dieu décidera de mon avenir; il est le maître (1). »
La délivrance désirée devait se faire attendre deux ans, pour le plus grand bien du diocèse de Saint-Brieuc. Le lecteur aura remarqué cet éternel projet de rejoindre Féli, auquel, cette fois, l'abbé Jean parait s'arrêter avec complaisance. Si le nouvel évèque ne réclame pas ses services, pourquoi ne reprendrait-il pas, avec les facilités d'information que présente la capitale, ses éludes de théologie et d'histoire ecclésiastique?
A vrai dire, il ne les a jamais interrompues complètement. Pendant les années 1815 et 181b, en plein travail d'administration, il s'est fait adresser de Londres ci de Rome, par son frère et par l'abbé de Sainbucy (1), des
1 Lettre inédite. — Archives des Frères.
1 L'abbé de Sambucy faisaii partie du personnel de l'ambassade de France auprès du Saint-Siège. Il se prêtait alors, avec la plus extrême complaisance, à toutes les commissions de .M. de la Meimais, doni il
aimait à SG dire l'ami.