‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 107 sur 270 · FEU ORDONNE PRETRE · texte numérisé non relu

FEU ORDONNE PRETRE

ouvrages de théologie devenus rares en France, et il a trouvé moyen de les lire, la plume à la main.

En 1817, il a réédité la Vie de Mgr Alain de Solminihac, évèque de Cahors (1), un de ces modèles de vertu sacerdotale qu'il aime à proposer aux jeunes prêtres. Il a envoyé à divers recueils parisiens de sérieux articles sur les questions ecclésiastiques. Mais lectures et compositions fugitives n'auront qu'une portée restreinte si elles restent isolées; il aimerait à les faire entrer comme matériaux dans un nouvel édifice élevé à la gloire de l'Eglise.

Ce n'est plus seulement Féli ; ce ne sont plus seulement ses amis de Saint-Sulpice qui l'appellent à Paris ; l'abbé Frayssinous le presse de quitter la Bretagne. « Aussitôt, dit- il, qu'il y aura à Paris un archevêque, j'emploierai toute mon influence pour vous attirer ici. » Témoin de son peu d'enthousiasme pour la presse périodique, Féli lui a proposé une œuvre de longue haleine : « Ce que tu peux faire de mieux et de plus utile, à mon avis, lui écrivait-il dès 1815, est de préparer une histoire dogmatique des libertés de l'Eglise gallicane. Ce livre manque absolument, et il pourrait, s'il était bien fait, porter un coup mortel à toutes les maximes schismatiques (2). »

Des raisons plus graves encore font désirer à l'abbé Jean un séjour à Paris.

Ordonné sous-diacre sous la responsabilité de l'abbé Carron, Féli a de nouveau soumis à son frère ses plans d'avenir et ses difficultés de conscience. La démarche irrévocable accomplie, l'abbé Jean a cru devoir combattre

(1 Cette vie a pour auteur le P. Léonard Chastenet, prieur des chanoines réguliers du prieuré de X.-D. de Cahors, de la réforme de Chancellade.

Elle fut rééditée par M. de la Mennais avec quelques corrections.

■2 A. Blaize, Œuvres inédites, etc., t. I, p. 244.

lo

les scrupules du malheureux ordinand, et, lorsqu'il s'est agi de lui conférer le diaconat et la prêtrise , il a parlé avec force pour vaincre ses dernières hésitations. «Féli, écrivait-il alors à l'abbé Brute, Féli a été fait diacre à Saint- Brieûc dans la première semaine de carême, et il a été ordonné prêtre à Vannes quinze jours après. Il lui en a singulièrement coûté pour prendre sa dernière résolution. M. Carron d'un côté, moi de l'autre, nous l'avons entraîné, mais sa pauvre àme est encore ébranlée de ce coup (1). »

Maintenant tout est consommé. Féli est prêtre, mais il a célébré sa première messe dans l'angoisse d'un trouble toujours croissant. Les semaines, les mois se sont succédé sans lui apporter la paix. Fatigué d'encouragements qu'il juge inutiles, écrasé sous le poids de ses engagements éternels, il vient d'écrire à son frère une lettre que tous ses biographes ont reproduite, et qui se termine par ces lignes sinistres : « Je n'entends faire de reproches à qui que ce soit; il y a des destins inévitables; mais si j'avais été moins confiant ou moins faible, ma position serait différente. Enfin elle est ce qu'elle est, et tout ce qui me reste à faire est de m'arranger de mon mieux, et, s'il se peut, de m'endormir au pied du poteau où l'on a rivé ma chaîne, heureux si je puis obtenir qu'on ne vienne point, sous mille prétextes fatigants, troubler mon sommeil (2). »

Tel était le résultat des démarches affectueuses, des soins empressés et délicats du pauvre Jean. Lié par les vœux du sous-diaconat en dehors de toute influence de son frère, Féli ose bien lui reprocher ce qu'il appelle sa servitude ! L'abbé Jean a été atterré par ces dures paroles. Mais il est infiniment plus sensible aux peines de Féli qu'à ses propres déboires. Lui porter des encouragements; ranimer, en priant avec lui, cette piété naguère si vive et qui menace aujourd'hui de s'éteindre, l'aider à dominer les terreurs d'une imagination malade, n'est-ce pas là un devoir qui prime tous les autres?

(1/ Lettre datée du 8 juin 1816. (Lettres inédites, etc. à. Mgr Brute) ■i A. Blaize. Œuvres inédites, etc., t. I. p. 204.

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