LES SUITES DU SCHISME CONSTITUTIONNEL
oubliées, que de mauvaises doctrines habilement jetées au milieu des ignorants ou des simples (1)! »
A la vue de ces paroisses livrées à des mains débiles, quand elles n'étaient pas mercenaires, et de cet abaissement moral qui menaçait de ramener les mœurs païennes, M. de la Mennais se dit que les cadres réguliers de la hiérarchie étaient loin de répondre à tous les besoins. Pour secouer la navrante torpeur des villageois, il fallait des missions nombreuses, habilement conduites, prôchées avec entrain, et, s'il était possible, avec éclat.
Mais où trouver des missionnaires? Les Jésuites, qui avaient évangélisé Saint-Brieuc et quelques villes voisines, étaient trop peu nombreux pour se livrer à l'apostolat des campagnes. Tous les prêtres du diocèse, sauf un ou deux, étaient immobilisés par des fonctions sédentaires..
Le grand vicaire se souvint qu'à Saint-Malo bien des auditoires avaient frémi au souflle de son ardente parole, et, dès 1815, il s'improvisa missionnaire. Gomment concilierait-il ee ministère accablant, cette vie d'agitation et de courses continuelles, avec la surveillance générale du personnel ecclésiastique, avec ses œuvres scolaires, avec cette vie de cabinet qu'à certaines heures au moins nécessitait sa fonction? Cette question ne le troubla point. Des âmes étaient en péril; lui seul peut-être pouvait les sauver : il volait à leur secours, laissant à la Providence de pourvoir au lendemain.
Que furent ces campagnes oratoires, organisées au milieu de tant d'obstacles? Mgr de Léséleuc nous en a tracé un vivant tableau :
« Des missions ordonnées, présidées, animées par l'infatigable vicaire capitulaire remuaient, jusque dans ses profondeurs, cette vieille terre où les racines de la foi sont si tenaces, et l'on voyait refleurir dans toutes les villes les vigoureuses mœurs des anciens âges, auxquelles il ne manquait, pour se relever, comme aux os desséchés vus par Ezéehiel, que le souffle de Dieu et
1 Oraison funèbre, etc., p. 2".
m JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
la parole d'un prophète. Les vieillards racontent encore quels prodiges enfantait cette voix vraiment prophétique; ils redisent encore ces discours pleins de sève, où la brièveté même faisait ressortir l'autorité de la parole, et dont l'impétueuse éloquence était produite surtout par l'accent de la foi.
« Toutes les voix saluaient en lui le grand missionnaire de la Bretagne, l'homme que le dix-neuvième siècle pouvait se croire en droit d'attendre, parce que Dieu n'a jamais manqué, la veille ou le lendemain des grands assauts, d'envoyer un nouvel apôtre à cette province privilégiée. La voix du peuple le proclamait, car jamais orateur ne fut plus assuré de trouver partout d'immenses auditoires; le succès d'une mission était assuré par cela seul qu'on y annonçait sa présence.
« Que de croix de pierre on montre encore, auxquelles le nom du saint homme se trouve attaché par la reconnaissance des paroisses, en même temps que le souvenir de leur régénération! C'est au pied de ces croix que sa voix énergique et vibrante adressait aux pères de ceux qui vivent maintenant une dernière sommation de garder leur foi et de la transmettre, sommation solennelle et vraiment divine, que la conscience du peuple n'oublie guère, mais que la justice de Dieu n'oublie pas ! (1) »
Les témoignages contemporains confirment ce bel éloge. Rappelons quelques-unes de ces fêtes de la parole,
Avant de parcourir en apôtre les campagnes bretonnes, M. de la Mennais veut affermir par une nouvelle retraite la piété des habitants de Saint-Brieuc, pour lesquels il a déjà tant travaillé.
Les exercices sont annoncés, et il monte en chaire pour le sermon d'ouverture. En promenant son regard sur l'auditoire, il s'aperçoit que la cathédrale est comble,
1 Ouvrage cité, p. 28.