‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 127 sur 270 · L'ANCIEN VICAIRE DE PORDIC · texte numérisé non relu

L'ANCIEN VICAIRE DE PORDIC

Ces imposantes cérémonies ne remuaient pas seulement les grandes assemblées de fidèles, elles portaient parfois un trouble salutaire dans certaines consciences ecclésiastiques.

La paroisse de Pordic avait particulièrement souiïert du schisme constitutionnel, et toutes les suites n'en avaient pas disparu. De concert avec le curé, M. de la Mennais résolut d'y faire donner une mission. Il en fit l'ouverture lui-même, le 4 janvier 1818, par un discours qui, comme d'ordinaire, produisit un grand effet. Les exercices durèrent vingt et un jours. M. André, recteur de Morieux, les dirigeait; trente-six prêtres y travaillèrent.

Un ancien vicaire constitutionnel de la paroisse, tardivement et insuffisamment réconcilié, M. Richard, voulut, pendant les premiers jours, présenter au grand vicaire quelques explications pour excuser sa conduite pendant le schisme. Elles ne furent pas jugées valables, et, comme il s'obstinait à méconnaître sa faute, il fut interdit.

Cette sentence, jointe au spectacle de tant de fidèles qui entendaient la parole divine avec une-humble soumission, le fit réfléchir. Dès le lendemain, il eut des entretiens avec le directeur de la mission, et, huit jours après, il dressait une rétractation, en bonne et due forme, de toutes ses erreurs. Incapable, à cause de son grand âge, de lire en chaire l'acte par lequel il se condamnait luimême, il pria M. André de le faire à sa place, lui présent devant l'autel, la face tournée vers le peuple. On lui rendit sur-le-champ le pouvoir d'offrir le saint sacrifice. Treize mois après, il paraissait devant Dieu, bénissant la juste sévérité de son supérieur ecclésiastique (1).

Parfois de pénibles malentendus entre un recteur et ses ouailles compromettaient dans une paroisse les fruits du ministère pastoral.

M. de la Mennais arrivait à l'improviste, de préférence

1 Extrait du livre paroissial de Pordic, rédigé par M. Renault (p. 195)..

un jour de fête. Il montait en chaire, et là, en présence des fidèles assemblés, il se faisait l'arbitre indulgent, mais équitable, des contestations qui divisaient le pasteur et le troupeau.

« En vous entretenant de vos tristes querelles, disait-il un jour à des paysans révoltés contre leur recteur, j'évite avec soin d'entrer dans aucun détail, et même de prendredans cette chaire la défense d'un pasteur qui, depuis dixsept ans, travaille avec tant de zèle à vous instruire et à vous sanctifier. Il faut que lui-même, comme les autres, oublie tout, pardonne tout, et fasse ce sacrifice au bonheur d'un troupeau qu'il a toujours chéri. Il faut que chacun de vous l'imite, et qu'à l'avenir, sous quelque prétexte que ce puisse être, il ne soit plus question, ni dans vos discours publics, ni dans vos conversations particulières, de tout ce qui s'est passé. Au nom de Jésus-Christ, qui s'est appelé le Dieu de la paix, au nom de Jésus-Christ je vous l'ordonne : déposez au pied de cet autel vos ressentiments, aimez-vous désormais comme des frères (1)! »

Au sortir de l'église, les paroissiens saluèrent respectueusement leur curé : la paix était faite.

Comment expliquer de tels succès chez un homme qui n'avait reçu les leçons d'aucun maître dans l'art de bien dire?

Tout d'abord, par l'accent de la foi dont parle Mgr de Léséleuc, par cette ardente conviction qui vivifiait sa parole et pénétrait dans les âmes comme un glaive à double tranchant. C'est la foi qui lui faisait affronter joyeusement les rudes labeurs et les rebutantes épreuves de sa vie de missionnaire, soit qu'il lui fallût s'enfermer, des jours entiers, au confessionnal, soit qu'il n'eût à évangéliser que des paysans grossiers, imbus de préjugés

(1) Fragment inédit. — Archives des Frères.

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