‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 129 sur 270 · ZÈLE DE FEU, COURAGE DE FER · texte numérisé non relu

ZÈLE DE FEU, COURAGE DE FER

nulles. Selon lui, elles ne se rattachaient pas assez directement au ministère évangélique. Son triomphe, comme celui de Bridaine, était de prêcher les grandes vérités du salut dans des églises couvertes de chaume, devant des âmes simples et neuves, que les rigueurs du présent disposaient à accueillir les espérances d'une meilleure vie. Jamais sa parole n'est aussi cordiale, aussi paternelle que lorsqu'il s'adresse à ces humbles dont la bonne volonté n'apporte aucun obstacle à l'Evangile.

Pendant vingt ans, il fut ainsi l'apôtre des campagnes bretonnes. Ces terribles fatigues, jointes au poids de l'administration diocésaine, ruinaient peu à peu ses forces. Au mois d'avril 1818, l'abbé Féli lui écrit de Paris : «Ménage ta santé. Je crains que tu ne t'épuises une seconde fois. Rien ne fatigue comme de parler en plein air. Si Dieu permet que tu fasses du bien, il faut conserver tes forces pour en faire davantage, en en faisant plus longtemps (1). » Et, quelques semaines après : «Ménage-toi, c'est un devoir. Nul homme ne pourrait résister longtemps à l'excès de travail que tu t'es imposé, et la question est de savoir si tu veux te tuer. Voilà ce que tout le monde dit et pense ici (2). »

Mais il s'agit bien de conserver ses forces quand des milliers d'àmes attendent la parole de vie ! Ego libentissime impendam et superimpendar ipse pro animabus (3). Ces paroles de l'Apôtre furent la règle constante de l'abbé Jean. Et il les traduisait volontiers dans une formule qui révèle l'énergie de son ardente nature : « Zèle de feu, courage de fer! »

Comment, d'ailleurs, abandonner le champ du Père

pas. Ils abattent les croix en attendant qu'ils abattent les tètes. La Légion des Côtes-du-N'ord a sabré, à Saint-Brieuc, une croix dans la ville même; et cette légion est composée de paysans sortis, il y a dix mois, très bons chrétiens de leurs familles.» Un Lamennais inconnu, Lettres inédites à Benoit d'Azy, par A. Laveille, p. 1)2.

(1) A. Blaize, Œuvres inédites, etc., t. !.. p. 3t>4.

(2) Ibid. p. 363.

(3) « Pour moi, je donnerai tout très volontiers et je me donnerai moimême pour le salut des âmes. » — 2 Cor. XII. 15.

do famille, lorsque, de tous côtés, la moisson blanchissante sollicite les travailleurs? « Nous donnons toujours beaucoup de missions dans ce pays-ci, écrit-il à l'abbé Brute, et toutes ont un grand succès... Quand nos missions finissent , dans les paroisses de campagne et même dans les villes, on compte sur ses doigts le nombre des personnes qui ne se sont pas approchées des sacrements, et on n'a pas besoin de ses deux mains. La foi est vivace; elle se montre avec une force miraculeuse dans ces jours de salut, où on la prêche aux peuples d'une manière vraiment apostolique (1). »

M. de la Mennais sera mêlé bientôt aux plus importantes affaires de l'Eglise de France. Fondateur d'ordre, ses instants lui seront de plus en plus disputés. Jamais il n'oubliera les enivrantes émotions de sa vie de missionnaire; et lorsqu'il pourra s'arracher, pendant huit jours, aux soucis de l'administration, il s'en ira, comme autrefois, au fond d'une campagne, ranimer, au soufile de sa parole, la piété des villageois.

1 Lettre inédite etc. à Mgr Brute, p. 145.

— Outre Saint-Brieuc et Pordic, nous pouvons citer parmi les paroisses évangélisées alors par M. de la Mennais : Rennes. Plestin et Languenan. En 1819, uni' mission fut donnée par ses soins à Tréguier. Le principal prédicateur était M. Gilbert. On rétablit, à cette occasion, dans la paroisse, une congrégation d'hommes dissoute par la Révolution, et l'on en fonda une de jeunes filles.

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