‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 130 sur 270 · CHAGRINS DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

CHAGRINS DOMESTIQUES

Partout, jusqu'ici, le grand vicaire s'est montré fidèle à sa mission de « releveur de ruines ». Œuvres de préservation pour la jeunesse, œuvres d'enseignement ecclésiastique et d'enseignement primaire, couvents de femmes, œuvres d'évangélisation populaire, tout a ressuscité presque à la fois, ou a pris, sous sa main, un admirable essor. Sur tous les points du diocèse, nous avons assisté à un renouveau de vie chrétienne.

Tant de travaux et d'efforts n'ont pas épuisé son activité. A côté de ces créations ou de ces restaurations, il y a L'expédition des affaires, les relations avec les diverses autorités, la surveillance du personnel, en un mot, toute cette besogne courante qui, d'ordinaire, suffit à remplir les journées d'un administrateur. M. de la Mennais ne se déroba jamais à cette tâche fastidieuse. Il nous reste à étudier les procédés et l'esprit de son gouvernement.

Sous les ministres libéraux de Louis XVIII, le rôle • les r-véques et autres supérieurs ecclésiastiques n'était guère plus facile que de nos jours. Peut-être même, si

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l'on on croit l'abbé Féli, la comparaison serait-elle à l'avantage du siècle qui commence. Voici comment il jugeait la situ;) lion en 1818.

« Jean esl toujours dans son diocèse, écrivait-il à l'abbé

Brntr, luttant contre les obstacles sans nombre dont l'administration environne l'Eglise et toute espèce de bien. Vous ne vous faites pas d'idée de notre état à cet égard. On était presque dans le paradis sous Bonaparte, en comparaison. Ordre de donner la sépulture ecclésiastique aux duellistes, aux suicidés; défense d'instruire le peuple sur les mariages invalides, en protection du concubinage; défense d'écrire à Rome pour les dispenses, autrement que parle canal du ministre de l'Intérieur, etc., etc; petits séminaires persécutés, ruinés, missions entravées de mille manières, et entin le concordat rejeté indéfiniment (1). »

Faisons la part du pessimisme ordinaire à l'écrivain; il reste que la mission du grand vicaire n'était pas sans entraves.

Il ne reculait pas toujours devant les défenses du ministre, et nous le verrons tout à l'heure arracher de haute lutte bien des concessions nécessaires au bien du diocèse. Mais avant de le considérer aux prises avec la puissance civile, étudions-le dans ses relations avec les confrères soumis à son autorité. Il y a là une source de difficultés qui, pour être d'un ordre plus intime et plus délicat, n'en sont que plus douloureuses au cœur du saint prêtre.

Parmi les anciens constitutionnels présents à la retraite ecclésiastique de 1816, un seul, avons-nous dit, s'était obstiné dans l'erreur (2) : c'était M. Le Cornée, curé de Paimpol. Placé à la tète d'un canton, il n'avait pas

! 1 Lettre du 30 novembre 1818. (Le/ 1res inédites etc. à Mçjr lira le. p. L'il .

■± Nous avons voulu parler îles prêtres employés dans le saint ministère. Parmi les autres, un certain nomme avaient négligé de se mettre en règle. .M. Tresvaux. curé île la Koelie-Derrien, écrivait à M. de la Mennais au sujet de l'un d'entre eux : « J'ai l'honneur de vous faire passer une rétractation signée de M. Paçé, suivant le modèle que vous m'aviez donné. J'avais un peu différé à lui demander cette pièce; mais, l'ayant vu malade les jours derniers, je me suis hâté de l'avoir, dans la crainte qu'il ne mourut sans avoir rempli son devoir. Je la publierai dimanche au prône; il y a consenti. » — Lettre inédite. — Archives des Frères.

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