‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 13 sur 270 · SÉNATEUR DU FINISTÈRE · texte numérisé non relu

SÉNATEUR DU FINISTÈRE

Crec'h Rleiz, le 4 octobre 1902.

Mon Révérend Père,

Je viens de lire les deux volumes que vous avez consacrés à l'abbé Jean-Marie de la Mennais, et je veux joindre mon suffrage aux voix bien autrement éloquentes et autorisées qui ont apprécié votre œuvre.

Je ne puis oublier que les Frères de l'Instruction chrétienne ont été mes premiers maîtres; leur éminent fondateur fut l'intime ami de ma famille; sa physionomie si remarquable est un de mes

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souvenirs d'enfance. J'ajouterai que c'est avec joie et fierté que j'ai retrouvé, sous toutes les latitudes, < toujours prêts à tous les labeurs comme à tous les sacrifices », ces vaillants Frères, dignes héritiers des vertus de votre héros et témoins irrécusables de la fécondité de son apostolat.

En vous félicitant, j'accomplis, mon Révérend Père, un devoir de gratitude envers le Maître vénéré dont vous glorifiez à bon droit la mémoire, et/ aussi envers vous, qui nous rendez son image dans un récit qu'on ne peut lire sans une émotion aussi profonde que réconfortante.

Ces pages, qui vous ont coûté huit années de recherches, embrassent une période de plus d'un siècle; elles sont dignes, à tous égards, du saint prêtre dont elles font connaître le milieu familial et les œuvres. Sous votre plume alerte, on voit revivre cette noble existence traversée par tant d'épreuves, restant toujours égale à elle-même, entièrement consacrée au service de Dieu et des âmes, confondant dans un même amour l'Eglise et la Patrie.

A l'heure où la tourmente s'abat sur notre infortuné pays, il était bon de montrer à la France "ce que peuvent, pour son salut et pour sa gloire, les âmes fortement trempées qui, dédaignant les honneurs du monde et ses critiques, s'attachent par-dessus tout à étendre le règne de Dieu et de sa justice.

L'abbé Jean-Marie de la Mennais aimait les pauvres et les humbles; l'enfance et les moyens à employer pour la sauvegarder du mal furent l'objet de ses principales préoccupations. Il savait que «celui qui tient l'enseignement tient l'avenir, et que toute jeunesse élevée sans Dieu est une jeunesse condamnée à la dépravation et à l'immoralité, car l'homme intellectuel et l'homme moral ne se partagent pas ».

Elevé par une mère chrétienne, il la perdit prématurément en 1787 ; il n'avait alors que sept ans, mais déjà l'empreinte faite sur son âme était ineffaçable. La période révolutionnaire passa en fortifiant cette àme dans sa résolution d'arriver au sacerdoce. Quand il fallut relever la France de ses ruines, l'abbé Jean-Marie de la Mennais fut un des ouvriers infatigables de la reconstruction. « In omnibus labora », telle fut sa devise. On l'a appelé très justement « un releveur de ruines ».

Défendre les droits du Saint-Siège et rattacher étroitement la France àl'Eglise catholique, apostolique et romaine; raviver la foi par tous les moyens; se dévouer sans réserve aux œuvres d'éducation et d'enseignement à tous les degrés, mais surtout à l'enseignement des enfants du peuple, telle fut la tâche accomplie par ce prêtre

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au cœur généreux et ardent, qui a mérité le beau titre d'éducateur de la Bretagne.

Après avoir été pendant vingt ans l'apôtre des campagnes, il fonda, pour l'instruction des enfants du peuple, l'institut des Frères de l'Instruction chrétienne et celui des Filles de la Providence. Au prix de quels sacrifices et de quels labeurs ces fondations, qui sont les deux joyaux de sa couronne sacerdotale, furent-elles couronnées de succès? Votre livre nous l'apprend, mon Révérend l'ère, en citant des faits précis.

Pour ce qui concerne l'organisation de renseignement primaire aux colonies, je puis joindre mon témoignage à ceux que vous invoquez. Dans la séance du 20 juin J 901 , lors de la discussion de la loi sur les Associations, j'ai montré au Sénat comment l'abbé Jean-Marie de la Mennais avait répondu aux appels des chefs du département de la Marine, et comment, en toutes circonstances et partout, ses Frères avaient su faire bénir le nom de leur fondateur, en même temps qu'ils contribuaient à accroître l'influence et le prestige de notre pays.

Blanc de Saint-Bonnet a écrit «. qu'un clergé saint fait un peuple vertueux ». Il nous a été donné plus d'une fois de reconnaître l'exactitude de celte affirmation. Les bienfaits de l'éducation chrétienne répandus dans les Deux-Mondes par les Frères de la Mennais témoignent des vertus héroïques de leur vénéré fondateur; ils nous font augurer favorablement du procès de béatification soumis en ce moment à l'examen et au jugement du Souverain Pontife.

Soyez remercié, mon Révérend Père, d'avoir rais en relief les mérites et les œuvres de ce grand protecteur de l'enfance, qui laisse derrière lui des successeurs dignes de la grande tâche qu'il leur a léguée. Soutenus par la protection puissante de leur vénéré Père, s'inspirant de son souvenir et de ses exemples, ses fils et ses Mlles défieront les efforts de l'impiété. Si la persécution doit l'atteindre, au mépris des services rendus, la famille religieuse de Jean-Marie de \o Mennais sortira de cette épreuve plus forte et mieux armée pour les combats de l'avenir.

Veuillez agréer, mon Révérend Père, avec mes humbles félicitations el mes remerciements, l'hommage de mon plus respectueux dévouement.

Vice-amihal DE CUVERTVILLE, sénateur du Finistère.

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