‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 141 sur 270 · I/ECOLE DE LA RUE FARDEL · texte numérisé non relu

I/ECOLE DE LA RUE FARDEL

Et elle l'entraîne chez le grand vicaire. Mis en demeure d'approuver l'un ou l'autre établissement, celui-ci trancha le différend d'une manière inattendue :

— « C'est bien simple, dit-il en riant, je les approuve tous les deux. »

Il n'y avait plus qu'à se séparer. Mlle Bagot quitta ses compagnes sans la moindre amertume, et alla installer ses petites orphelines dans l'ancien évêché, où elle continua seule son œuvre, avec un courage que n'abattirent jamais les difficultés. Elle donna à sa maison le nom de Providence, que les quatre associées avaient adopté tout d'abord, et que Mllc Cartel conserva aussi à son établissement.

Le berceau de l'œuvre des écoles avait été une pauvre chambre de la rue de la Grenouillère. Mais ce local était depuis longtemps insuffisant, et il le resta, même après le départ de Mlle Bagot et de ses orphelines.

Au mois d'octobre 1818, devant l'affluence des petites écolières, on résolut de quitter ce réduit, et on loua quelques pièces dans la rue Fardel, sans savoir comment on pourrait les payer. Il ne fallait plus compter sur les secours de la « congrégation des Demoiselles ». Persuadé que ces essais n'avaient pas d'avenir, le directeur avait fait abandonner à la charge de leurs fondatrices les deux établissements récemment ouverts.

Mlle Conan fit part de son embarras à M. Chantrel, qui répondit sans hésiter : «Allez trouver M. Sébert : il vous donnera ce dont vous avez besoin. »

M. Sébert était un riche négociant, aussi connu par sa loyauté en affaires que par sa rare piété. Il donnait à pleines mains pour toutes les bonnes œuvres; mais il cachait ses aumônes avec autant de soin que d'autres en mettent à les divulguer.

M"° Cartel se présenta chez lui. Il écouta sa requête, et lui dit avec quelque brusquerie : « Ce n'est pas mon affaire, adressez-vous à M. de la Mennais. »

Elle alla donc raconter tristement sa mésaventure au grand vicaire; mais M. Sébert avait pris les devants, et l'abbé Jean remit en souriant à la solliciteuse une abondante aumône.

M. de la Mennais songea dès lors à organiser en communauté ce petit groupe d'àmes ferventes.

Mllcs Conan et Chaplain avaient depuis longtemps le désir de se faire religieuses. Retenue par des devoirs domestiques. MlIc Cartel caressait le même projet, et l'avait communique à ses compagnes.

Lorsqu'il vit l'œuvre des écoles soutenue par la sympathie de toute la ville, M. de la Mennais n'hésita pas à leur conseiller, malgré leur petit nombre, de se lier par une première promesse.

La nuit de Noël de l'an 1818, les trois amies se réunirent secrètement dans la chapelle de Notre-Damc-du-Refuge. Elles y récitèrent en commun un acte de donation d'ellesmêmes qui préludait à leur consécration religieuse (1). Cet acte fut signé, le 31 décembre suivant, par les trois associées, auxquelles venait de se joindre une nouvelle aspirante, Mlle Esther Reauchemin. On élut comme supérieure M110 Conan, qui, plus libre que ses compagnes du côté de la famille, pouvait, mieux qu'une autre, diriger la nouvelle fondation. Elle accepta ce titre, que lui imposaient les circonstances, mais avec le secret espoir

(1) En voici le texte :

« En présence de la très sainte Trinité, de notre bonne Mère, de saint Ignace, notre patron '/ , et de nos saints Anges,

Nous protestons, avec le secours de la grâce, sans laquelle nous reconnaissons que nous ne pouvons rien de bien, nous protestons que désormais nous ne voulons plus rien penser, ni rien dire que ce qui est pour la plus grande gloire de Dieu ; nous désavouons pour à présent et pour toujours toute intention d'amour-propre; nous désirons servir Dieu uniquement et de tout notre cœur.

Dieu seul dans notre esprit, Dieu seul dans notre cœur.

Dieu seul dans toutes nos actions pour à présent et pour jamais. A la plus grande gloire de Dieu! »

A Saint-Brieuc, le .'il décembre 1818.

Fanny Chaplain, Marie Conan, Marie-Anne Cartel. Esther Beauchemin.

(a) On reconnaît ici l'influence du P. de Cloriviére. de la Compagnie <le Jésus, fondateur de la Société du Cœur de Marie.

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