LES MAISONS DE LA PROVIDENCE EN
et qui cependant en apprécie les avantages plus que beaucoup d'autres.
« Dans mon école dite de la Providence à Saint-Brieuc, j'ai six cent cinquante petites filles, dont cinq cent soixantedix ne payent absolument rien; quatre-vingts élèves qui payent suffisent pour que la maison puisse se soutenir; mais, comme vous le pensez Lien, sans que, au bout de l'année, il y ait un centime de profit.
« A Monconlour, j'ai une autre école dirigée par les religieuses de la même congrégation. Elles ont cent cinquante élèves actuellement; mais quand l'école sera au complet, c'est-à-dire dans trois ou quatre mois, nous y aurons de cent quatre-vingts à deux cents enfants, comme l'année dernière.
« Toutes les formalités nécessaires pour que cette congrégation soit reconnue légalement ont été remplies : les pièces sont dans les bureaux du ministère des cultes. Quand obtiendrons-nous une ordonnance? Je n'en sais rien; ces affaires-là marchent avec une lenteur désolante, et je suis d'autant plus contrarié du retard que j'éprouve dans ce cas-ci, que j'ai un vif désir de pouvoir donner à la congrégation de mes filles de Saint-Brieuc les bâtiments que j'ai fait construire pour elles, et qui m'ont coûté plus de deux cent mille francs (1). De même, leur maison de Moncontour leur serait donnée, si elles pouvaient en devenir propriétaires. Si je mourais demain, qu'est-ce que tout cela deviendrait? Je me le demande, et ma réponse est un acte de foi dans la Providence.
« En général, l'instruction des petites tilles en Bretagne était autrefois moins négligée que celle des garçons. Maintenant on fait tout pour les garçons, et fort peu de chose pour les filles. . . Cependant l'instruction est meilleure (qu'autrefois) sans être plus répandue. Les écoles de Frères ont beaucoup contribué à améliorer celles des religieuses. On a pris les mêmes livres, on a adopté les mêmes
1 Pour expliquer ce chiffre, très supérieur au prix d'achat primitif, il faut tenir compte des nombreux travaux d'agrandissement exécutés à la maison de Saint-Brieuc.
méthodes dans les unes et dans les autres; il y a eu émulation de zèle.
« Ceci est sensible particulièrement dans le département des Côtes-du-Nord, le plus avancé de tous ceux de la Bretagne, sous ce rapport.
« Ce qui a eu lieu dans ce département aurait lieu partout, si l'on comprenait bien qu'on ne peut perfectionner que ce qui existe, et qu'avant tout, il faut commencer.
« Rien au monde ne peut arrêter d'une manière plus fâcheuse le progrès de l'instruction des filles, que la rigueur avec laquelle on examine les maîtresses. Cellesci humiliées, découragées, se retireront toutes, si on agit de la sorte envers elles. Je ne saurais trop le redire : il faut avoir la patience d'attendre que les choses se développent d'elles-mêmes, et on les étouffe, quand on veut hâter trop vite leurs développements. . .
« Pour les Cotes-du-Nord, je pense qu'il n'y aurait rien de mieux à faire que d'accorder quelques secours à mon établissement de la Providence de Saint-Brieuc, pour le transformer en une espèce d'école normale. Là, les institutrices du département viendraient s'instruire et apprendre à tenir la classe. Assurément, dans un an, elles deviendraient plus capables que ne le sont les dixneuf vingtièmes des institutrices qui sont actuellement en exercice. Il faudrait se contenter de cela, et, plus tard, on pourrait être plus sévère. J'ai parlé de ce projet à M. le Préfet des Côtes-du-Nord. Il l'a favorablement accueilli, et je crois qu'il en serait de même du conseil général, si on lui proposait de voter des fonds pour le réaliser, car jusqu'ici cette maison de la Providence n'a pas rencontré un seul ennemi, ni même un seul détracteur. Je vous soumets cette idée parce que je la crois bonne, et je suis avec respect, etc. (1). »
Ces propositions d'un homme qui comprenait mieux que personne les besoins de sa Bretagne firent impression sur l'esprit du ministre. La reconnaissance légale de
(1) Lettre inédite. — Archives des Frères.