‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 150 sur 270 · FONDATION DES FRERES DE L INSTRUCTION CHRETIENNE. M. DESIIAYES · texte numérisé non relu

FONDATION DES FRERES DE L INSTRUCTION CHRETIENNE. M. DESIIAYES

Nous arrivons à l'œuvre capitale du fondateur.

M. de la Mennais n'avait pas en vain lutte' contre l'école neutre de Saint-Brieuc. Les pauvres « Lancastériens » élevaient à peine le cinquième des enfants, tandis que les classes des « Ignorantins » étaient combles. Chaque mois, presque chaque semaine leur amenait de nouveaux écoliers. Le jour vint où les religieux surmenés demandèrent grâce. Pour suffire à pareille tâche, il leur fallait du renfort. En attendant, des bandes d'enfants pauvres, refusés faute de place, faisaient l'école buissonniôre.

C'est alors que l'espoir de l'abbé Jean se tourna vers quelques jeunes paysans qu'il avait accueillis à son foyer, à une époque où il désespérait d'obtenir des Frères, et qu'il avait commencé d'instruire pour en faire des maîtres chrétiens. Ils étaient entre ses mains, prêts à tous les labeurs comme à tous les sacrifices. lis devaient devenir les premiers « Petits Frères » de l'Instruction chrétienne. Mais il nous faut revenir en arrière, et insister sur les humbles commencements de celle belle œuvre.

C'était en 1817, pou après la publication du projet de Carnot sur renseignement primaire (1). Préoccupé de soustraire Saint-Brieuc à une organisation scolaire qu'il jugeait pleine de dangers, M. de la Mennais imaginait mille combinaisons pour faire donner à ses jeunes compatriotes une instruction à la fois religieuse, pratique et à bon marché.

Parmi les prêtres qui possédaient sa confiance se trouvait un ancien vicaire de Tréguier, M. Tresvaux, qu'il venait de nommer à l'importante cure de la Roche- Derrien (2). Là, mieux qu'ailleurs peut-être, l'esprit de foi s'était conservé. Le grand vicaire pria le nouveau doyen de chercher dans sa paroisse et dans les environs trois jeunes gens de bonne volonté, aussi pieux et intelligents que possible, et de les lui envoyer.

Quelques jours après, l'abbé Jean voyait arriver chez lui trois braves garçons qui ne se doutaient guère de ce qu'on voulait faire d'eux, pour la bonne raison que celui qui les appelait ne le savait pas encore bien lui-même. Tous originaires du pays breton, ils comprenaient à peine quelques mois de français. Qui eût dit à ces jeunes paysans, pendant qu'ils s'acheminaient tranquillement, sur l'ordre de leur recteur, vers la ville épiscopale, qu'ils étaient les premiers nés d'une grande famille religieuse?

1 II existe un mémoire manuscrit de M. de la Mennais qui rapporte à l'année 1818 la fondation des Frères de l'Instruction chrétienne. L'auteur avait sans doute en vue la fondation îles premières maisons des Frères. En toul cas, dans un autre mémoire autographe, contenant un historique officiel de l'Institut, et envoyé à, Rome pour obtenir l'approbation du Saint- Siège, M. de la Mennais assigna lui-même la date de 1817 à la fondation de sa congrégation de Frères. Et il faul bien que la réunion des premiers Frères ail eu lieu en 1817, puisque, dès 1818, on assiste à la fondation i\c^ premières écoles.

■2 Nous avons déjà cité M. Tresvaux Ch. I.X. p. 189 à propos du zèlequ'il déploya à Tréguier lors de la mission de 1816. M. de la Mennais récompensa, dès qu'il le put. son activité, en lui conflanl un poste de doyen; Plus tard. Mgr de Quélen, archevêque de Paris, désira rattachera sa personne, e1 il mourut chanoine de la métropole de Paris, laissant une bonne Histoire de la persécution religieuse en Bretagne vendant lu Révolution (2 vol in. 12).

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