PHYSIONOMIE DES DEUX NOVICIATS
Avouons-le : il fallait avoir lame loyale des deux fondateurs pour se reposer sur cette étrange convention. Voici comment la jugeait plus lard M. .de la Mennais : « Le traité que nous finies alors peut être regardé comme le monument de la plus extrême déraison dont deux hommes soient capables. Il fut convenu que nous régnerions tous deux, avec des droits égaux, sur toutes nos maisons, que chacun fournirait des Frères aux établissements qu'il aurait fondés ou qu'il fonderait à l'avenir, et que le survivant deviendrait chef et propriétaire du local. Cette même charte obligeait chaque Frère à une obéissance absolue envers messieurs les deux supérieurs, sans prévoir même le cas où nous donnerions des ordres contradictoires. Ce gouvernement à deux était la conception la plus extravagante et la moins pratique: mais comme les deux fondateurs se convenaient admirablement l'un à l'autre, sous tous les rapports, et qu'ils s'aimaient, tout alla à merveille (1). »
Rendu à Dinan, M. Deshayes confia ses trois Frères à M. Bertier, supérieur du petit séminaire des Cordeliers et curé de la paroisse de Saint-Malo (2), puis il reprit le chemin d'Auray.
Pendant un an encore, les deux noviciats vécurent séparés. Chaque maison avait sa physionomie propre. « L'abbé Deshayes ne cherchait point à faire des savants de ses premiers Frères, mais de bons religieux. La science, pour lui, n'était qu'une chose secondaire dans ses disciples, et il ne leur permettait d'étudier que les éléments indispensables pour pouvoir devenir maîtres d'écoles . . . M. de la Mennais ne négligeait pas assurément de former ses sujets à la vertu et d'en faire de bons religieux; mais il leur faisait donner une instruction plus étendue et d'une manière plus régulière, car ses novices, à lui, n'étaient presque point employés aux travaux manuels (3). Par
1 Extrail d'une conversation de M. de la Mennais avec .M. de Rergorlay, citée par celui-ci dans la Vigie de l'Ouest Y du 1" mai L849).
l C'est le nom de la seconde paroisse de Dinan. :s .M. Uesliaye- employait parfois ses novices, s:.it à la restauration de l'ancienne chapelle du Saint-Esprit, soit à l'amélioration d'une prairie
ce moyen, ils donnaient à leur instruction tout le temps qui n'était point absorbé par les exercices de piété ou par les récréations (1). »
Ces légères différences allaient bientôt disparaître.
Avant d'étudier le fonctionnement des deux œuvres réunies sous une régie commune, nous allons esquisser la physionomie des premières maisons fondées par M. de laMennais dans le diocèse de Saint-Brieuc. Le spectacle de ces humbles commencements rendra sensible l'action divine qui, de ce dénùment, a fait sortir une œuvre pleine de vitalité et d'avenir.
qui appartenait à la cure (Voir Chroniques des Frères de l'Instruction chrétienne, citées plus haut).
1 Témoignage du Frère Augustin, un des premiers novices d'Auray, cité par l'abbé Blain, p. 152.