‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 157 sur 270 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LES PREMIÈRES MAISONS DES FRÈRES. — ORGANISATION PRIMITIVE DE L INSTITUT.

Des communes importantes avaient demandé à M. de la Mennais des maîtres chrétiens. Il se mit en devoir de satisfaire au plus tôt le vœu des curés et des municipalités. Pordic eut tout d'abord son école, puis successivement Dinan, Guingamp, Lamballe, Moncontour. Quant à l'école de la rue Notre-Dame, à Saint-Bricuc, elle était toujours prospère; mais, après quelques années, par égard pour les Frères des Ecoles chrétiennes, désormais en nombre et capables de suffire aux besoins des familles, M. de la Mennais se décida à la supprimer.

Ces fondations paraissaient contraires aux vues primitives du grand vicaire, qui s'était proposé de fournir .les instituteurs aux campagnes, mais M. de la Mennais avait son idée. Il voulait posséder, de distance en distance, des établissements destinés à servir de centre aux écoles rurales, et pourvus de quelques instituteurs surnuméraires, afin de faciliter les remplacements, la surveillance, les voyages des Frères. L'avenir devait lui donner raison.

Des commencements de l'école de Pordic, nous savons peu de chose. Elle fut ouverte par le frère Paul, le second

disciple do M. Deskayes, qui la dirigea pendant deux ans.

Nous avons vu l'arrivée à Dinan de trois Frères du noviciat d'Auray. Les débuts furent pénibles. Peu d'élèves, pas de maison, parfois pas de pain. Les Frères vivaient, au jour le jour, de la charité de M. Bertier, supérieur du séminaire, qui avait mis à leur disposition un des dortoirs des Cordeliers(l).

Au mois de septembre 1819, M. de la Mennais appela à Saint-Brieuc les trois Frères dinannais. Il comptait sur les exercices de la retraite pour leur mettre dans l'âme un peu d'entrain et de courage.

Ces trois jeunes gens ne le connaissaient pas encore. Ils l'avaient à peine entrevu lors de leur passage à Saint-Brieuc, en compagnie de M. Deshayes. Sa parole lit sur eux une vive impression : « Il nous parlait avec tant d'âme et d'onction, a dit l'un d'eux, que nous étions tout pénétrés des vérités qu'il nous annonçait. Dès lors, je fus pousse vers lui par un élan irrésistible, et je conçus pour lui une vénération profonde. Comment en aurait-il été autrement? Ne l'ai-je pas vu tellement ému en nous annonçant la parole de Dieu, que son visage était inondé de larmes (2)? »

Après cette retraite, M. de ia Mennais se rendit à Dinan, afin de faciliter les voies à ses religieux. 11 monta en chaire dans l'église Saint-Sauveur, et adressa aux parents de fermes avis sur le devoir de l'éducation chrétienne. C'est ce qu'il devait faire désormais à l'origine de toutes ses fondations. Les élèves vinrent; malgré lotit, longtemps encore, la pénurie continua de sévir.

Les Frères étaient logés au presbytère de Saint-Malo. Mais on ne pouvait guère, en ce temps-là, assurer la stabilité au personnel des écoles. M. de la Mennais eut besoin à Saint-Brieuc du frère André, le plus capable des Frères de Dinan. Il l'appela auprès de lui au mois de mai 1820, et lui confia l'instruction de ses postulants, qui étaient alors au nombre de sept ou huit. Il s'agissait

(1) C'est ainsi que l'on désignait le petit séminaire, du nom de l'ancien couvent qu'il avait remplacé.

2 Lettre adressée par le frère André à M. l'abbé Houet, le 24 juin 1864.

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