‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 161 sur 270 · LA PREMIERE RETRAITE D'AURAY · texte numérisé non relu

LA PREMIERE RETRAITE D'AURAY

par le vœu d'obéissanee, ils n'ont fait que réaliser son premier dessein.

Nous reviendrons sur la forme de vie religieuse conçue par le fondateur. Il importait, nous l'avons dit, de donner à tons les- disciples de MM. Deshayes et de la Mennais une direction commune. Au mois de septembre 1820, tous les Frères dispersés dans les deux diocèses de Vannes et de Saint-Brieuc furent convoqués à Auray. Ils étaient environ cinquante.

M. Deshayes avait établi dans une communauté de sa paroisse appelée «le Père Eternel » des retraites périodiques. C'est là que furent réunis les Frères instituteurs. Dès le premier jour, les deux supérieurs leur imposèrent le nom de «Frères de l'Instruction chrétienne» et celte devise héroïque : « Dieu seul (1). » La retraite fut consacrée presque tout entière à l'explication de la règle. Le dernier jour eut lieu la cérémonie solennelle de la prise d'habit. « Nos Frères, écrivait M. de la Mennais, portent une simple lévite de drap noir; fermée par derrière comme une soutane. Elle descend jusqu'à cinq ou six ponces de terre. Elle ferme sous le col avec deux petits crochets... Le chapeau est rond, la cuve est peu ('levée, et les bords ont trois pouces et demi de largeur... L'hiver, le- Frères ont un petit manteau qui descend jusqu'au coude et qui ferme avec des boutons... S'il était plus grand, il serait incommode dans les classes (2). »

Tous les Frères reçurent officiellement l'habit; quelques-uns seulement furent admis à faire le vœu ï'obéissan'ce pour un an (3). Les Frères d'Auray

1 on se rappelle que cette devise avait été empruntée par .M. de la Mennais à .M. Boudon. Voir chap. VIII, p. 163.

2 Lettre à .M. Mazelier. 1G février 1825.

.) G'étaieni en suivant l'ordre de leur entrée dans la congrégation les Frères Mathurin, Paul, Pierre, Charles 1" du nom, Louis, Jean. Julien, Jean-Marie. Ambroise, Bonaventure, Adrien 1" du nom, Paulin, et quelques autres qui n'ont peint persévéré. (Notes manuscrites du frère Julien.)

prononçaient la formule suivante : « Je fais pour un an vœu d'obéissance au supérieur de la maison d'Auray et, en cas de mort de celui-ci, au supérieur de la maison de Saint-Brieuc. » A leur tour les Frères de Saint- Brieuc disaient : « Je fais pour un an vœu d'obéissance au supérieur de la maison de Saint-Brieuc, et. en cas de mort de celui-ci, au supérieur d'Auray. »

C'est le génie prévoyant de M. de la Mennais qui avait introduit dans le texte cette alternative. Quant à M. Deshayes , il trouvait la précaution minutieuse, et il répétait à son ami : « Les deux maisons n'en font qu'une, comme vous et moi, Monsieur de la Mennais, nous ne faisons qu'un. » Le saint homme disait vrai : pendant les vingt-trois années de leur gouvernement commun, pas un nuage ne devait s'élever entre eux.

La retraite finie, on se rendit en pèlerinage au sanctuaire de sainte Anne. Tous les Frères y entendirent la messe et y communièrent, puis on déjeuna joyeusement au petit séminaire fondé par M. Deshayes. Après avoir parcouru les magnifiques dépendances de l'établissement et visité la Chartreuse, on rentra à Auray, où les deux familles réunies devaient passer une dernière nuit. La séparation eut lieu le lendemain. Les Frères regagnèrent leurs postes; quant aux novices, ils se divisèrent de nouveau en deux groupes. L'un, conduit par M. do la Mennais, retourna à Saint-Brieuc, tandis que l'autre restait à Auray, sous la direction du digne curé.

Cette retraite eut une immense portée. C'est elle qui fit vraiment des Frères de l'Instruction chrétienne une congrégation. Aussi accrut-elle les ambitions de l'abbé de la Mennais.

Jusqu'alors, il n'avait songé qu'à sauver de l'ignorance les petits paysans bretons. Désormais il visera plus haut.

Le recrutement et la formation du clergé avaient été le souci, on peut dire la passion de sa vie. Or, ses Frères lui prépareront les voies en favorisant, dès le plus bas âge, les vocations ecclésiastiques. Voici en quels termes, le 18 décembre 1820, il fait part de ses espérances à l'abbé

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