LES FRERES ET LE RECRUTEMENT DU CLERGÉ
Brulé : « Si vous repassiez à Saint-Brieuc, vous y trouveriez plusieurs établissements que j'ai formés et qui pourraient vous donner l'idée d'en former de semblables dans vos contrées. Je suis très convaincu que le nombre des prêtres augmenterait en Amérique comme ailleurs, si l'on s'emparait des enfants dès leurs premières années, c'est-à-dire si l'on établissait des écoles gratuites telles que celles que j'ai organisées à Saint-Brieuc, à Dinan, à Lamballe, à Guingamp, etc. Elles sont dirigées par des Frères dont le noviciat est chez moi, qui suivent la méthode des Ignoraniins et une partie de leur règle. Avant dix ans, il y en aura partout, c'est-à-dire dans toutes les villes et dans tous les bourgs principaux du diocèse; il en résultera que j'aurai entièrement sous la main la génération naissante; et combien ne sera-t-il pas facile ensuite de choisir, parmi tant d'enfants, ceux qui annoncent d'heureuses dispositions, le goût de la piété, l'aptitude à l'étude, et de les diriger vers l'état ecclésiastique? »
Dieu devait bénir cette sainte ambition. La Bretagne est probablement la province de France qui compte de nos jours le plus de prêtres. Or, parmi ces prêtres, combien doivent aux « Petits Frères de la Mennais » l'éveil de leur vocation !
Les mesures prises à la retraite d'Auray furent des garanties de stabilité. Forte de la confiance du clergé de Saint-Brieuc, l'œuvre prospéra rapidement dans ce diocèse. Il était possible désormais de pourvoir aux besoins des campagnes. Plérin, Broons, Etables, Pleudihen, dans le diocèse de Saint-Brieuc, eurent leur école de Frères. Bientôt des paroisses du diocèse de Rennes, comme Montauban et Tinténiac, demandèrent à leur tour des maîtres à M. de la Mennais. C'est le moment de montrer comment on trouvait moyen de faire vivre des instituteurs
:r,s JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
dans les campagnes les plus pauvres. Nous laisserons la parole an fondateur lui-même. Les renseignements qui suivent sont extraits d'un mémoire manuscrit composé par lui après 1830.
« Les Frères, dit-il, logent toujours, dans les campagnes, au presbytère. Il n'y a donc, pour eux, ni loyer à payer, ni ménage à tenir, ni servante à nourrir, ni famille à entretenir.
« Leur traitement annuel est de 180 fr. Lear pension au presbystère est estimée 300 fr. , mais il suffit, le plus souvent, de trouver 180 fr. en argent, c'est-à-dire de recueillir 180 fr. de rétribution ou de secours. Car, lorsque cela est nécessaire, MM. les recteurs donnent la pension gratuitement, du moins en partie, aux Frères, et ceux-ci les soulagent dans leur ministère, soit en enseignant la lettre du catéchisme dans l'église comme dans l'école, soit en aidant au chant des offices, etc. MM. les recteurs sont disposés à faire pour ces instituteurs des sacrifices qu'ils ne feraient point [tour d'autres...
« On commence par s'établir où l'on peut, dans une chambre, dans un hangar. Si le local ne convient pas. les enfants en souffrent, les parents s'en plaignent, et le curé profite de cela pour exciter leur zèle. Bientôt les uns offrent du bois, les autres des pierres. Celui-ci prend les charrois à son compte, celui-là la main d'oeuvre, et voilà une belle maison bâtie. Afin d'intéresser plus de monde à l'œuvre et de déterminer l'administration locale à y contribuer, on convient quelquefois que le rez-de-chaussée servira de classe. La mairie s'établit au premier étage, et la fabrique se réserve le grenier pour y déposer ses grains.
« Ces sortes d'arrangements varient suivant les localités. Il y en a de forts singuliers. Par exemple, à Sauzon, on soutient l'école par le moyen d'un cabaret. Tous les habitants sont convenus, d'après l'avis du recteur et du maire, d'aller boire de préférence dans ce cabaret privilégié, tenu au compte de la commune, et dont le pro-