LA SECONDE RETRAITE D'A [RAY
11 avait un auditeur de marque. Félicité de laMennais,
qui séjournait alors à Saint-Brieuc, avait accompagné son frère à Auray. «Assis bien humblement dans une stalle, dit un témoin, il assistait à tous nos exercices (1). »
ïl fut extrêmement touché de la ferveur des Frères, et peu de temps après, il écrivait au sujet de la congrégation naissante : « Quelle belle œuvre ! Si je n'étais pas prêtre, je me ferais Petit Frère. »
Le lendemain de la clôture, commença la dispersion. Sur les treize novices qui se trouvaient à Auray, cinq furent cédés par M. Deshayes à M. de laMennais; les huit autres prirent le chemin de Saint-Laurent-sur-Sèvre (2).
En quittant la Bretagne, l'abbé Deshayes laissait à son ami la plus lourde part clans la direction des Frères. Néanmoins, le contrat de 1819 ne fut jamais rompu. Ils conservèrent l'un et l'autre le titre et les pouvoirs de supérieur. Chaque année. M. Deshayes venait présider, avec l'abbé de laMennais, la retraite générale des Frères de Bretagne. A la lin des exercices, ceux-ci s'agenouillaient, l'un après l'autre, devant leurs fondateurs, et, deux fois bénis, ils retournaient au combat pleins d'un nouveau courage.
Cette fidélité de l'ancien curé d'Auray à ses premiers disciples était d'autant plus méritoire, que bientôt, à Saint- Laurent même, une nouvelle œuvre d'instituteurs vint réclamer ses soins.
La Vendée, aussi bien que la Bretagne, était pauvre en écoles primaires. Témoin du bien qu'avaient fait dans le diocèse de Vannes les Petits Frères d'Auray, M. Deshayes ne désespéra pas d'obtenir les mêmes succès à Saint- Laurent et dans les paroisses voisines. « En quittant la
1 Extrait de la lettre, que nous avons citée plus haut, du frère André à M. Houet'.
.' D'après le manuscrit du frère llippolyle. .M. de la .Mennais laissa, quelque temps encore, à Auray, un petit noviciat sous la direction du frère Àmbroise.
3b0 JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
Bretagne pour venir à Saint-Laurent, a-t-il dit, il me vint dans la pensée qu'une congrégation de ce genre (il venait de raconter la fondation d'Auray) pourrait également faire du bien dans la Vendée et les environs, où l'on professe les mêmes principes religieux. (Test pourquoi, avec quelques Frères de Bretagne que j'avais emmenés, j'en formai une autre sur le même modèle (l). »
En arrivant en Vendée , les Frères de l'Instruction chrétienne furent installés dans le môme local que les quatre Frères coadjuteurs de la Compagnie de Marie. Les nécessités de la cohabitation sous le même toit obligèrent M. Deshayes à modifier sur quelques points de détail la règle des Frères bretons; mais il n'y eut pas, entre les deux sociétés, de fusion proprement dite (2).
Les disciples de M. Deshayes apportaient avec eux la règle des Frères de Bretagne. Ils la conservèrent (3), et, grâce à elle, l'œuvre commencée à Auray put se continuer, sous an nom à peine différent, à Saint- Laurent-sur-Sèvre.
Le logement assigné aux nouveaux venus ('tait la maison dite « du Saint-Esprit »; d'où leur premier nom de Frères de l'Instruction chrétienne du Saint-Esprit.
Comme en Bretagne, l'œuvre prospéra bientôt. M. Deshayes s'était installé définitivement à Saint-Laurent au mois de septembre 1821. Les prêtres des environs étaient alors réunis, pour la retraite ecclésiastique, dans la maison des missionnaires. Le nouveau supérieur en profita pour leur exposer le dessein qu'il avait de leur préparer des Frères instituteurs. Tous lui promirent leur concours, et, quelques années plus tard, la nouvelle congré-
1 Lettre adressée par M. Deshayes, en 1837, à sou agent cTalt'aires à Rome.
2 11 est vrai que quatre novices ou postulants de Bretagne s'affilièrent
plus tard aux Frères convers de la Compagnie de Marie; mais ce fait prouve simplement qu'ils changèrent de congrégation, et n'indique pas qu'il y ait eu fusion entre les deux sociétés.
(3) C-lte règle, dont les principaux articles reproduisent textuellement celle des Frères de Ploërmel. est restée en vigueur chez les Frères do Saint -Laurent jusqu'en 1888. (Voir Institut des Frères de l'Instruction chrétienne de Sainte-Gabriel. Constitutions et règles communes. — Edition de 1811. « Préface du fondateur, le vénéré Père Deshayes », p. 5 .