‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 179 sur 270 · ANARCHIE DANS LE DIOCESE · texte numérisé non relu

ANARCHIE DANS LE DIOCESE

complète, et s'il y a d'autre moyen d'y remédier que d'obtenir la démission de celui qui l'a jeté dans cette confusion horrible. Sans doute, s'il fallait, pour en venir là, porter la moindre atteinte à l'autorité épiscopale, il vaudrait mieux tout souffrir; mais il n'en est pas

ainsi Mgr l'évèque de Saint-Brieuc est dans une

position où il ne peut vouloir longtemps reste]', et dont il se réjouira de sortir, pourvu qu'on lui en présente une autre qui soit honorable et douce. Qu'y a-t-il donc à faire pour le déterminer à demander sa retraite? Rien, si ce n'est de lui en donner le conseil, avec tous les ménagements et tous les égards dus à sa dignité (1). »

M. de la Mennais se méprenait sur les dispositions de l'évèque. La pensée d'une démission ne lui était jamais venue à l'esprit. Lorsqu'il eut retrouvé des grands vicaires, il ne douta plus de rien.

La chose, il est vrai, n'avait pas été facile. Le successeur qu'il avait donné à M. de la Mennais, M. Richard, ancien principal du collège de Tréguier, avait dû attendre trois mois l'agrément officiel. Pour lui donner un collègue, le prélat dut aller chercher, après bien des refus, un professeur du séminaire, âgé de vingt-huit ans. Ce jeune homme était l'abbé Le Mée, l'ancien protégé de M. de la Mennais. Peut-être la délicatesse lui eût-elle fait un devoir de subordonner son acceptation à l'avis de son ancien bienfaiteur. Il ne le fit pas. L'abbé Jean lui exprima sa peine, mais il ne lui tint pas rigueur, et lorsque, en 1823, M. Le Mée dut se démettre à son tour, il lui procura un poste à Paris.

On pardonne volontiers des bizarreries choquantes à qui sait les racheter par un peu de vraie bonté. Mgr de la.Romagère manquait de presque toutes les qualités nécessaires au gouvernement, mais il avait un cœur d'or (2). Sa charité envers les pauvres, son dévouement

1 Lettre inédite. — Archives des Frères.

2 En 1832, le choléra décimait la petite ville de Paimpol. Mgr de la Romagère quitta Saint-Brieuc à l'insu de son entourage, se rendit au milieu de ses diocésains désolés par le fléau, y pa-^sa plusieurs jours,

aussi simple que courageux firent oublier peu à peu les fautes de son administration.

Lorsque M. de la Mennais vit les murmures s'apaiser dans la ville épiseopale, il commença à y faire de plus longs séjours. Outre ses deux fondations de la Providence et des Frères, il y retrouvait une œuvre toujours chère à son zèle, la congrégation du collège, dont il avait gardé la direction.

De plus, il s'était chargé de l'éducation d'un de ses neveux, Ange Blaize. Absent, il avait dû le confier à un précepteur, mais il désirait répondre plus complètement à la confiance de sa sœur en l'instruisant lui-même.

Enfin, il trouvait à Sain l-Bri eue une société qu'aucune autre ne remplaçait à son gré, celle de M. Vielle. C'était maintenant un vieillard, mais un vieillard dont l'âme toujours jeune attirait comme aux plus beaux jours de sa carrière d'apôtre. Sa physionomie noble et douce, où le concert de l'amour paternel des âmes et d'une sainte familiarité avec Dieu avait laissé cette empreinte ineffable qui distingue les saints, commandait plus que jamais la vénération. Plus que jamais aussi ses paroles exprimaient celte paix surhumaine qui est ici-bas la récompense du sacrifice. M. de la Mennais ne se lassait pa> de l'entendre : sa conversation était pour lui un repos et un réconfort.

Sur les instances de Mgr de la Bomagère, le vénéré supérieur avait repris ses fonctions au séminaire, mais s'il était respectueux de l'autorité, il ne pouvait se prêter aux continuels bouleversements qui entravaient son œuvre. Après avoir subi quelque temps ses remontrances, l'évèque résolut enfin, au mois de septembre \$2'-i. de confier à un autre l'éducation des ordinands.

M. Vielle était depuis longtemps chanoine titulaire. Il se renferma dans les devoirs de cette charge, devoirs dont rien désormais ne devait plus le détourner, et il

cl. ;'i force de sang-froid cl i\f charité, ranima les courages. — Cf. Un évéqûe déporté de Saint-Brieuc, Mathias Le Groing de la nomagère, par Louis Auuiat (Revue historique de l'Ouest t. III, p. -ii).

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