‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 190 sur 270 · MEMOIRES ET PLAIDOYERS · texte numérisé non relu

MEMOIRES ET PLAIDOYERS

Le roi goûta les observations de son Grand-Aumônier, sans se douter, assurément, qu'un autre que lui avait tenu la plume , et il fit dresser un règlement qui mit d'accord pour un temps les deux parties.

Mais pourquoi faut-il que les passions humaines fassent échouer parfois les meilleures intentions? Reprise après le retour en Bretagne de M. de la Mennais, envenimée par l'absence du clergé diocésain au convoi de Louis XVIII, la querelle se perpétua, même après la suppression d'une partie des privilèges de la Grande -Aumônerie et la création d'un ministère des Affaires ecclésiastiques. Elle ne cessa qu'en 1826. devant l'attitude comminatoire de la cour.

L'abbé Jean ne se bornait pas, heureusement, à rédiger des consultations juridiques ou des plaidoyers. Son action sur un autre terrain devait avoir des résultats plus consolants. Le prince de Croy ne tarda pas à reconnaître ses qualités d'administrateur. De très bonne heure, il l'associa à sa fonction la plus importante, la nomination des évèques (1).

Parmi les quarante prêtres environ que M. de la Mennais fit présenter pour l'épiscopat, nous remarquons tout d'abord trois Bretons : MM. Millaux, de Lesquen et Le Pappe de Trévern.

Etait-ce préférence instinctive pour des compatriotes?

(1) « Comme Grand-Aumônier, dit un biographe, M. de Croy fit preuve d'une pureté de vues et d'une sagacité difficiles. 11 prit, dès le principe', comme grands vicaires, des hommes de talent et d'une vertu éprouvée] entre lesquels je distingue M. Jean de la Mennais. Cet admirable prêtre' le suppléait pendant ses absences forcées; il devint même l'administrateur réel, et le clergé n'eut qu'à se féliciter de son omnipotence : rien d'aussi rare. Je place le choix île M. de la .Mennais aîné parmi les plus belles ceuvres de M. de Croy. Moyennant son conseil, le Grand-Aumônier comprit la nécessité d'une organisation forte. C'est ainsi qu'en peu de temps cette Gràndé-Aumôherie, forcément négligée par le cardinal de Talleyrand, et

fiourtant si nécessaire, devint en quelque sorte, pour l'Eglise de France e boulevard de la foi. » — Biographie du cardinal prince de Croy, Grand-Aumônier de France. (Le elerejé contemporain, par le Solitaire — Appert, 1842).

On put le croire d'abord, mais on s'aperçut bientôt que personne n'était moins enclin que l'abbé Jean au favoritisme. Il avait vu de près ces Irois ecclésiastiques; il les connaissait et les croyait dignes de l'épiscopat, telle fut l'unique raison de son choix. S'il pensa à eux tout d'abord, c'est qu'il les avait étudiés mieux que d'autres, et pouvait se porter garant de leur mérite.

M. Millaux était un ancien directeur au séminaire de Rennes, devenu grand vicaire du nouvel évoque, Mgr Mannay. Prêtre instruit, de zèle éprouvé, de mœurs graves, il devait honorer le siège de Nevers, rétabli en sa faveur.

Le lecteur connaît déjà M. de Lesquen, chanoine de Saint-Brieuc. Sa science laissait peut-être à désirer; mais son bon vouloir, sa piété, son esprit ecclésiastique étaient hors de conteste. M. de la Mennais l'avait vu à l'œuvre pendant la crise qu'avait traversée le diocèse de Saint- Brieuc, et, l'heure venue, il n'hésita pas à le proposer pour le siège de Beauvais. Après un court passage dans cette ville, M. de Lesquen devait gouverner l'Eglise de Rennes. Qui eût pu prévoir alors les douloureux malentendus qui devaient surgir entre le digne prélat et celui qui l'avait fait évêque?

La largeur d'esprit de AL de la Mennais éclata particulièrement dans la nomination de M. de Trévern. Homme instruit, d'esprit étroit,' connu pour ses opinions gallicanes, il n'avait rien qui pût attirer les préférences du grand vicaire; mais les tenants des doctrines romaines étaient rares alors, même parmi les prêtres que leurs talents et leurs vertus désignaient pour l'épiscopat. Le caractère de M. de Trévern était digne de toute estime. M. de la Mennais ne voulut point l'écarter; il tint seulement à lui faire attribuer un siège de médiocre importance, celui d'Aire. Il n'eut point, du reste, à regretter ce choix. Devenu plus tard évoque de Strasbourg, Mgr de Trévern soutint avec énergie la doctrine orthodoxe contre les nouveautés de l'abbé Bautain, et obtint la soumission du célèbre professeur.

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