LA NOMINATION DES ÉVÉQL'ES
Mais aucune nomination ne fait plus d'honneur à M. (\o la Mennais que celle de l'abbé de Forbin-Janson. On sait que, sur le siège de Nancy, l'ancien missionnaire, devenu évêque, effaroucha, par l'ardeur de son zèle, des esprits toujours empreints de libéralisme révolutionnaire. On connaît sa lutte désespérée contre les sectes antireligieuses, sa fuite devant les baïonnettes de juillet 1830, ses merveilleux succès d'apôtre au Canada; mais ce que l'on connaît moins, ce sont les encouragements prodigués par M. de la Mennais à son œuvre la plus populaire et la plus durable, celle de la Sainte-Enfance.
« Courage, cher Seigneur et fils, lui écrivait plus tard l'abbé Jean, et encore courage! Non seulement vous ramenez nos populations au pied de la croix de Notre- Seigneur; mais, dans votre ardente charité, vous vous faites le père des malheureux enfants de la Chine. J'apprends avec joie que cette admirable association, que vous avez fondée en leur faveur, prend dans toutes nos provinces un prodigieux développement, et je vous promets que mes Frères vont en être, partout où je les enverrai, les propagateurs et les apôtres. Allons, allons, philosophes ! encore quelques révolutions de ce genre, et notre immortelle religion sera rétablie entièrement sur les ruines de votre très mortelle philosophie (1) ! »
L'amitié de ces deux âmes enthousiastes, consumées par la môme flamme d'apostolat, ne devait pas se refroidir. En 18ii, le prélat avait promis de prêcher la retraite des Frères, à Ploërmel. Retenu au dernier instant par une crise du mal qui devait l'emporter, il fit écrire par son frère à l'abbé Jean une lettre des plus cordiales (2).
Si M. Jean de la Mennais ne garda pas d'aussi intimes relations avec tous les évoques nommés par son influence, du moins resta-t-il longtemps leur guide le plus écouté. La netteté de ses aperçus, le ton à la fois plein d'humilité
(1) Cité par E. de Mirecourl, L'abbé Jean-Marie de la Mennais, 2e éd. page 119.
2 « Privé par les ordres des médecins de dire la messe et même de réciter sou bréviaire, disait le marquis de Forbin-Janson, son cœur n'en
et de décision avec lequel il leur communiquait ses lumières, les fortifiait, les rassurait quelquefois, les charmait toujours. Ce rôle de conseiller des évoques, le plus délicat, mais aussi le plus honorable pour un prêtre, n'a jamais été, en ce siècle, exercé avec plus de succès que par M. Emery, l'éminent supérieur de Saint-Sulpice, et par l'abbé Jean de la Mennais (1).
Obligé de porter, partiellement au moins, la sollicitude de tous les diocèses, consulté de tous les points de la France, chargé du gouvernement général de ses deux congrégations bretonnes, l'abbé Jean pouvait se croire enfin délivré des pénibles aiTaires de Saint-Brieuc. Hélas! le vide causé par sa retraite n'était pas comblé. On fit appel à sa charité, et, par charité, il consentit à guider l'inexpérience de son successeur.
M;, Le Mée, chargé, à vingt-huit ans, de rétablir l'ordre dans un diocèse bouleversé, placé entre un évoque brouillon et un collègue acariâtre, implorait à chaque instant les avis de M. de la Mennais. Le diriger dans tous les détails de l'administration était impossible. L'abbé Jean se borna à lui rappeler les principes de tout gouvernement ecclésiastique, sauf à lui venir en aide, à l'occasion, dans les cas les plus embarrassants.
Il lui adressa, un jour, un exposé détaillé de ses théories administratives (2). Ces théories eussent rétabli l'ordre
restera pas moins avec vous et vos bons religieux pendant les exercices de votre retraite, et. si Dieu lui rend la santé, il vous indemnisera une autre année du sacrifice qu'il s'impose ainsi qu'à vous. Il se confie entièrement à ia promesse que vous lui avez faite d'ériger chacun de vos Frères en apôtre de la Sainte-Enfance. Cette œuvre est digne, en effet, de toute votre sollicitude. Vous n'apprendrez pas sans satisfaction que mon frère a recueilli dans son voyage les plus touchantes marques de sympathie pour l'aider et ii propager... Mon frère ne veut pas que je termine sans vous embrasser de mi pari de toutes les forces d'un cœur qui ne participe point à la faiblesse de tout le reste de sa personne. » — Cité par E. de Mirecourtj .op. cit., p. 120.
1 Cette observation sera confirmée par ce que nous aurons à dire des rapports de M. de la Mennais avec Mgr Àngebault, évèque d'Angers, et .Mgr de Hercé, évêque de .Nantes.
2 L'abbé Le Mée lui avait demandé des notes détaillées sur tous les prêtres soumis à son autorité. « Comme je ne cherche et ne désire que le bien du diocèse, répondit-il, je ne refuserai point de vous donner des renseignements lorsque je croirai qu'ils pourront vous être utiles. Toutefois,