‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 196 sur 270 · CAMPAGNE ELECTORALE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE ELECTORALE

de lire son propre nom sur cent billets où était écrit le nom de M. Sébert, parfait royaliste, honnête homme et bon chrétien. Celui-ci, en conséquence, au lieu de cent-trente-quatre voix qu'il avait réellement, n'en a eu que trente-quatre par le dépouillement du scrutin. Toutes ces horreurs, et beaucoup d'autres, excitent une profonde indignation (1). »

A Saint-Malo, même résultat. La défaite était complète. L'abbé Jean n'avait plus qu'à confier à Dieu les intérêts de ses compatriotes. Il s'éloigna de Saint-Brieuc, non sans tristesse, mais intérieurement consolé par la pensée d'avoir sacrifié à son devoir une partie de sa popularité.

Avant de quitter la Bretagne, il voulut revoir un certain nombre d'amis fidèles, dont la sympathie allait être un baume à son cœur meurtri. Nulle part il n'avait laissé un plus vivant souvenir qu'à Tréguier. Il y avait donné une mission, et ses succès de prédicateur l'avaient entouré d'une auréole qui n'avait point pâli. Il fut reçu au son de toutes les cloches, et, comme on faisait remarquer au vieux curé que de tels honneurs n'appartiennent qu'à l'évêque : « Que dites-vous? répliqua- t-il. M. de la Mennais n'est-il pas l'égal des évêques? Eh! c'est lui qui les fait! »

Il n'en devait plus faire désormais (2). A peine rentré à Paris, il apprit qu'il n'était plus vicaire général du Grand-Aumônier. Il s'y attendait, et c'est par un soupir de soulagement qu'il accueillit l'arrêt sous lequel un prétendait l'écraser.

Il allait être libre enlin de rentrer en Brelagne, de reprendre ses tournées de missionnaire, d'évangéliser ses chers congréganistes, surtout de suivre de près ses Petits Frères et ses Sœurs de la Providence. Quelle délivrance et quelle douce joie!

(1) Lettre à Benoist d'Azy. Un Lamennais inconnu, p. 178. -! Du moins en vertu de sa fonction officielle.

Hélas! il avait compté sans rattachement du prince de Croy. Tout en gardant sa charge de Grand-Aumônier, celuici venait d'être promu à l'archevêché de Rouen. Il supplia l'abbé Jean de rester auprès de lui en qualité de vicaire généra] de son nouveau diocèse.

Impossible de décliner une offre aussi gracieuse. M. de la Mennais annonçait ainsi à M. Querret son changement de titre, qui n'était point un changement de fonction. « Mon excellent ami, consolez-vous. Les choses n'en sont point où vous le croyez. Si cela était, je serais trop heureux, car je n'ai d'autre désir et d'autre ambition que de m'en retourner au plus vite en Bretagne, et de redevenir petit Jean comme devant. Mais le Grand-Aumônier m'ayant donné le titre de grand vicaire de Rouen, il en résulte que je suis vicaire général de Mgr l'archevêque de Rouen, Grand-- Aumônier de France, au lieu de l'être de Mgr le Grand- Aumônier de France, archevêque de Rouen. Quoi qu'il en soit, et quoiqu'il n'y ait rien de changé dans ma position réelle, je suis très fort de l'avis de ceux qui pensent que je serais beaucoup mieux placé en Bretagne qu'ici, et j'espère que la Providence favorisera ma retraite définitive. Je hâterais moi-même cette rupture, si je n'étais pas depuis longtemps décidé à la laisser toujours agir seule en ce qui me concerne. Je reste donc endormi sur son sein comme un petit enfant, et quand viendra le moment du réveil, je dirai du fond du cœur à ma bonne Mère : Eccc venio, ut faciam voluntatem tuam. En attendant, je suis à merveille : jamais le Grand-Aumônier n'avait été meilleur et plus aimable pour moi (1). »

Il fallut reprendre la vie monotone de chef de bureau. Heureusement Féli multipliait ses voyages à Paris. Il s'installait, tantôt aux « Feuillantines», tantôt chez son frère, et alors recommençaient entre les deux prêtres, plus que jamais dévoués à l'Eglise, les confidences pleines d'idées fécondes et de généreux projets.

(1) Ci'. Ropartz, p. 322.

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