MISSIONS DANS LE DIOCESE DE RENNES
il ne se résignait pas à renfermer son zèle dans l'enceinte d'un noviciat. Il lui tardait d'évangéliser les campagnes
rennaises. Les études théolbgiques organisées et la règle une fois en honneur dans la maison do la rue de Fougères, il reprit avec entrain son apostolat populaire.
Comme autrefois, il commença par la ville épiscopale. On a parlé longtemps à Rennes du jubilé qu'il y prêcha en 1826; Ses anciens triomphes se renouvelaient; là aussi, il fallut conduire sur une place publique la foule qui débordait des nefs de la cathédrale. Là aussi, il fallut remplacer la chaire par une large tribune, et la clôture de la mission fut le signal de conversions aussi attendrissantes qu'inattendues < 1 . Successivement les paroisses de Saint-Malo, de Bain, de Saint-Méen, de Dol, dé Redon, de Montauban, de Bédée l'entendirent et reprirent, à sa voix, les pratiques des âges de foi (2 .
1 II revivait alors à mu de ses •nuis de Paimpol : « Notre jubilé île Rennes a eu un succès merveilleux : à la troisième procession surtout, il y avait une foule immense. Représentez-vous quinze à dix-huit mille personnes, hommes et femmes à peu près parmoitié, suivant environ trois cents ecclésiastiques, et dans un recueillement tel, qu'on n'entendait pas une punie 3 ni ne fut une prière'! A la retraite des hommes, il y en avait trois mille ans l'église Samt-Germain tous les soir-, et. a la même heure, on donnait, dans trois autres églises; des exercices suivis par des hommes et par des femmes en si grand nombre, qu'il ne restait pas une place vide. Le jour de l'amende honorable, la cathédrale, qui peut contenir de six a sept mille personnes, se trouva pleine à quatre heures, quoique la cérémonie ne dût commencer qu'à six: et. dans le même temps, la même affluence avait lieu à Toussaint, église assez vaste pour contenir quatre mille personnes. Tout fut plein dès quatre heures, si bien qu'une multitude immense, qui se présenta plus tard, ne put entrer. Voilà des détails que vous pouvez raconter aux habitants de Paimpol pour leur édification. Le jubilé a eu beaucoup [dus d'effet que la mission donnée, il y a dix ans, par les Missionnaires de France. Nous étions quatre-vingt et quelques confesseurs. De ma vie je n'ai rien vu de >i beau: au milieu de ce grand concours, il n'y a pas eu le plus léger bruit, le plus petit désordre. Les autorités ont assiste a, toutes les processions en costume, et la cour royale en robes rouges.
"Tout h vous, de loiii mon cœur, cher et excellent ami.
« L'abbé J.-.M. de la Messais. »
Lettre inédite. — Archives des Frères.
- Le registre des missions de la Maison de Rennes mentionne, en particulier, les travaux suivants : 1er novembre 1829, retraite au pet il séminaire de Saint-Méen, avec M. Hérisson. — Il novembre 1829, retraite au collège royal i|r Rennes, avec .M. Corvaisier. — 15 novembre 1829, retraite a Dol, avec M. Hérisson. — 16 janvier 1830, retraite a lied, m, avec M. Lévêquë. — 2e semaine' de Carême, retraite a Redon, avec .M. Lévêque. — Il' février 1833. ouverture de mission à. Montauban. — M novembre lis:;:;, retraite au petit séminaire de Saint-Méen. — 17 novembre 1S.'J:>, retraite à Bédee.
Pas plus qu'autrefois, l'héroïque travailleur ne comptait
avec ses forces. Féli écrivait à l'abbé de Salinis : « Il y a longtemps que le régime de mon frère m'afflige. Il s'use et se détruit à vue d'oeil. Je lui en ai parlé plusieurs fois inutilement; je lui en parlerai encore sans espérer plus de réussite. Cela me peine au delà de ce que je puis vous dire (1 ). »
Dans ses voyages apostoliques, M. de la Mennais avait d'ordinaire un compagnon. Son auxiliaire le plus apprécié était le supérieur de la maison de Rennes, M. Coëdro. Tics attaché à ses devoirs, homme de règle et de dévouement, mais un peu rigide d'habitudes et sévère d'aspect, l'excellent missionnaire ne savait pas toujours donner à sa vertu le rayonnement sympathique qui rendait si attirante celle de l'abbé Jean. Ces deux hommes n'avaient guère de commun que leur foi protonde et leur zèle pour le bien des âmes. De là, parfois, des divergences de vues, de petits malentendus qui devaient créer plus tard entre eux des rapports pénibles.
Ce ne devait pas être la seule épreuve du ministère de .Jean dans le diocèse de Rennes. Comme vicaire général, il fut amené parfois à sévir contre certains recteurs négligents. De là, un sourd mécontentement de quelquesuns contre son administration. Enfin, une cure importante du diocèse, celle de Saint-Méen, fut confiée par Mgr de Lesquen à un prêtre de la nouvelle congrégation. Les circonstances, et, on peut le dire, la disposition des lieux,
1 Lettre du 2 novembre L825, cilée par M. l'abbé de Ladoue, $&gr Gerbet, sa rie et ses œuvres et l'école mennaisienne, t. 1, p. 32(i.
Dans la correspondance publiée par Forgues,on trouve les mêmes plaintes de Féli : <• Mon Frère court la Bretagne, écrit-il le '27 juin 1826. Il y a plus de six semaines que je n'ai reçu de ses nouvelles: il est extrêmement occupé] — Le -'J novembre île la même année, il mande au comte de Sentll : •< Notre bon évêque île Mennes est tourné malade de fatigue au moment où le jubilé allait s'ouvrir. Il va mieux, mais de longtemps il ne pourra s'occuper d'affaires. C'est un surcroit de travail pour mon pauvre frère. » Tome I, pages 184 et 201.
Un autre jour, il écrivait à la comtesse de Sentit : « Chacun a sa tache. sa vocation. Celle de mon frère est de courir les chemins et de semer sur son passage un bien qui germe et croit à vue d'oeil. Je ne le vois que de loin en loin, et très peu d'instants. Encore la sainte volonté de Dieu ! » — Ibicl. tome 1. p. 825.