‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 232 sur 270 · DIVISION DANS LA CONGREGATION DE S'-PIERRE · texte numérisé non relu

DIVISION DANS LA CONGREGATION DE S'-PIERRE

En 183 i, les esprits étaient trop passionnes pour en juger ainsi. M. de la Mennais avait soumis ses idées à Mgr de Lesquen; mais, hélas! la philosophie du prélat était médiocre; ses arguments ne convainquirent point l'abbé Jean, qui, fort de l'intimité qui régnait entre son évoque et lui, en releva peut-être un peu vivement la faiblesse: bref, leurs relations furent peu a peu troublées par un certain malaise.

De leur coté, les prêtres de la Congrégation protestèrent contre l'attitude de leur supérieur. L'abbé Haran, professeur de philosophie à Saint-Méen, désavoua devant ses (■lèves l'enseignement qu'il leur avait donné, et sa lettre fut imprimée dans les journaux.

à un ami. Je vous répondrai avec la même sincérité, ei je vous dirai à mon tour que je m'offense comme d'une injure des doutes que certaines personnes sembleraient vouloir élever, dans ce moment-ci, sur notre soumission pleine, entière et sans réserve aux deux Encycliques de notre saint Père le Pape Grégoire XVI. Nous en avons fait assez pour les convaincre (pie jamais nous n'aurons d'autres doctrines et d'autre enseignement que l'enseignement et les doctrines du Saint-Siège apostolique. Cependant s'il leur plaît de s'inquiéter encore h notre sujet, qu'y faire? Calmerons-nous leurs inquiétudes en consentant à nous considérer nousmêmes comme des hommes suspects, en dehors du clergé, et qui ont besoin, dans toutes les circonstances, de donner des garanties particulières? Assurément non. et, si nous agissions de la sorte, il n'y aurait pas de raison pour que cela finît, et pour que les scènes vraiment, afiligeantes de la dernière retraite de Rennes ne se renouvelassent pas à chaque instant. Je pense, mon cher curé, que dans des temps aussi malheureux que les nôtres, lorsque les esprits sont exaltés, prévenus, aigris, il n'y a. qu'un parti sage à prendre, et le voici : obéir avec la simplicité et la docilité d'un petit enfant à l'autorité que Dieu a établie: admettre tout ce qu'elle admet, condamner tout ce qu'elle condamne, sans l'ombre d'une restriction, mais ne rien céder aux exigences arbitraires, aux fantaisies aveugles, aux caprices passionnés des gens qui se font eux-mêmes autorité : le principe contraire serait une soin ce de troubles et de disputes sans cesse renaissantes, parce qu'évidemment c'est un principe d'anarchie, que je ne voudrais pas consacrer, en quelque sorte, par mon exemple. . .

Je vous parle, comme vous le voyez, à cœur ouvert, parce que je suis sûr de n'avoir à craindre de votre part aucune indiscrétion. Certes, mes sentiments personnels sont bien connus, et je les manifeste hautement, comme je le dois, chaque fois que s'en offre l'occasion; mais les raisons graves exposées ci-dessus m'empêchent de leur donner désonnais un autre genre de publicité.

Demandez pour moi à Jésus, notre divin Maître, la résignation, le 'aime, l'humble courage dont j'ai besoin plus que jamais dans ma pénible position, et croyez, mon très cher et digne curé, que parmi tous ceux qui vous honorent et qui vous aiment, il n'y en a aucun qui vous honore et qui vous aime plus que votre lout dévoué et affectionné serviteur. l'Abbé Jean-Marie de la Mennais. — Lettre inédite. — Archives des Frères.

Tous avaient raison, sinon dans la forme, au moins quant aux doctrines; mais on ne s'en tint pas là. Excité de nouveau par les clameurs du clergé, inquiet et effrayé de temporisations dont le motif lui échappait, M. Goèdro signifia nettement à l'abbé Jean qu'il ne partageait pas ses vues. Bien plus, après une réunion au cours de laquelle M. de la Mennais avait maintenu la distinction précédente sur le sens de l'Encyclique, M. Goëdro quitta brusquement Saint-Méen, et partit pour Rennes avec plusieurs de ses confrères.

Ils allèrent trouver Mgr de Lesquen, et lui exposèrent que, séparés de leur supérieur sur certains points de doctrine et redoutant de voir l'opinion du clergé leur devenir de plus en plus hostile, ils demandaient à quitter définitivement M, de la Mennais. L'évèque était préparé à cette démarche par les explosions de mécontentement dont il avait déjà été témoin, et quelques propos un peu vifs échappés, ce semble, à M. de la Mennais contre sa personne et ses actes le disposaient à l'accueillir : il céda.

Le 2 septembre, l'abbé Jean recevait la lettre suivante : « Je vois avec douleur, cher coopérateur, que la congrégation est divisée, malgré tous les efforts et les sacrifices que j'ai constamment faits et tous les avis paternels que j'ai donnés. Plusieurs des membres qui la composent demandent une séparation. Leurs raisons m'ont paru trop fortes et trop fondées pour m'y refuser. En conséquence, je crois devoir vous prévenir que je prends sous ma direction immédiate ceux qui se sépareront de vous, et, que je les charge de mon petit séminaire de Saint-Méen et de ma maison de missionnaires.

« Je laisse u m* entière liberté à ceux qui voudront vous suivre; nuis veuillez bien leur dire de ma part que je les regarde comme excorporés de mon diocèse, où je ne leur offrirai aucune place ( I |. »

] cité par Ropartz, p. 357.

Page 1