AVIS SPIRITUELS DE M. JEAN-MARIE DE LA MENNAIS
I. Se tenir dans une continuelle dépendance de l'esprit de Diem et ne le conlrister jamais : Nolite contristare Spiritum Sanctum Dei. Être attentif à reconnaître ce qu'il demande de nous; le consulter souvent; et, lorsque nous sommes incertains du parti que nous devons prendre, le prier avec une ardeur nouvelle d'être la lumière de notre cœur : Del nobis illuminatos oculos cordis.
II. Renoncer à sa volonté, même quand on la suit : A voluntate tua avertere; c'est-à-dire, ne rien faire par goût; tout par principe de foi, tout pour Dieu. — Dieu seul! Dieu seul!
III. Recevoir avec joie et avec une reconnaissance pleine d'amour les petites contradictions qu'on éprouve à chaque instant. C'est un exercice habituel de mortification dont on peut retirer de grands avantages.
IV. Quand l'âme est desséchée et que la tristesse la serre, aller en esprit dans le jardin des Oliviers; se mettre à genoux à côté de J.-C; prendre le calice qui nous est offert, et dire : « Mon Père, que ce ne soit pas ma volonté qui s'accomplisse, mais la vôtre : Non sicut ego volo, sed sicut tu. »
V. Être humiliés de nos fautes, sans en être ni étonnés ni troublés. Le trouble affaiblit l'âme, et cette pauvre âme n'a-t-elle pas besoin de toutes ses forces pour résister aux ennemis qu'elle porte en elle-même, et qui l'attaquent sans cesse dans son fond le plus intime? Elle vit de confiance et d'amour, et la joie est pour elle un trésor inépuisable de sainteté : Jucunditas cordis vita hominis, et ttiesaurus sine defectione sanctitatis.
VI. Bien prendre garde de perdre cette liberté d'esprit, cette aimable et douce liberté des enfants de Dieu, sans laquelle on ne fait rien de bien. Pour la conserver, il faut s'unir étroitement à Dieu, marcher en sa présence avec un coeur où la paix règne : Pax Dei, quse exsuperat omnem senswn, cuslodiat corda vestra et intelliyentias vestras in Christo Jesu Domino nostro.
VII. Être fidèle dans les plus petites choses; mais sans gêne et sans scrupule; ne point craindre d'être dérangé dans ses occupations, dans ses études, dans ses prières même; les quitter, les reprendre avec un esprit serein et toujours content; dès qu'on est dans l'ordre de la Providence, que faut-il de plus?
VIII. Ne rien précipiter dans les affaires : ne pas vouloir qu'elles aillent aussi vite que notre pensée ; combattre les obstacles de sang-froid, sans se décourager, ni s'irriter. Si on réussit, bénir le Seigneur; si on ne réussit pas, le bénir encore : Dieu le veut, ce mot dit tout.
IX. Éviter avec un soin extrême, dans nos rapports avec les hommes, toute espèce de singularité ; prendre garde de les effrayer par un extérieur trop sévère; leur parler doucement; ménager leurs faiblesses, j'allais presque dire, respecter leurs défauts : on ne saurait prendre trop de précautions pour ne pas achever de rompre le roseau déjà cassé, pour ne pas éteindre la mèche qui fume encore.
X. Penser souvent à Dieu, en conversant avec les hommes; se recueillir pour prier dans le secret; mais sans contrainte, sans efforts pénibles, avec une grande simplicité d'amour.
XI. Ecouter Dieu dans l'oraison; ouvrir les oreilles du cœur pour recevoir sa sainte parole ; se nourrir de cette manne de suavité, n'en rien perdre, la goûter, la savourer avec délices : Audiam quid loqualur in me Dominus Deus.
XII. Exposer nos besoins et nos misères à noire Père qui est dans les deux, avec une humble confiance. Ne point faire, en le priant, de violents efforts pour nous élever à de hautes considérations ; lorsqu'il nous appelle et nous attire, suivre l'attrait de la grâce avec la simplicité d'un petit enfant qui se laisse conduire par la main.
XIII. be plaire dans la nuit de la pure foi; ne pas chercher à tout prévoir et a tout prévenir : cogitatus prescientise avertit sensum. Faire ce qu'on peut et ce qu'on doit; se féliciter de ce qu'on ne trouve aucun appui humain, et puis s'endormir doucement sur le sein du Sauveur Jésus.
XIV. Ne rien commencer par vanité, et ne jamais s'arrêter, parce que la vanité vient pour nous enlever !e mérite du peu de bien que nous voulions faire : Dieu est toujours près de ceux qui travaillent pour sa gloire; il combat avec nous quand nous combattons pour lui : pourvu que notre intention soit droite, nous n'avons rien à craindre : Dominus mecum : quid timebol
XV. Admirer la grandeur de notre vocation; nous en occuper tous les jours; entrer dans les sentiments des Anges, qui s'étonnent de voir des misérables comme nous, associés au sacerdoce de Jésus-Christ, ne faire avec lui qu'un seul prêtre.