LE P. PICOT DE CLORIVIÈRE
homme capable d'en conduire un autre depuis les géné.reuses aspirations de la foi naissante jusqu'à la sainte maturité du ministère des âmes, mais un second Ànanie enfin pour ce second Paul... où donc, en France, était-il possible de le rencontrer (1) ? »
M. Vielle restait à Saint-Malo, et ses exemples turent toujours pour son élève le meilleur des enseignements pratiques; mais les travaux apostoliques du saint prêtre l'éloignaient souvent pour plusieurs jours de la maison des La Mennais. Son action auprès du jeune homme avait besoin d'être secondée. La Providence y pourvut.
Parmi les prêtres qui exerçaient le saint ministère dans la région, on rencontrait parfois un ancien Jésuite originaire de Saint-Malo, le P. Picot de Clorivière. Sa Compagnie supprimée, il avait accepté des fonctions dans son diocèse d'origine, et Mgr de Pressigny lui avait successivement confié divers postes importants. Il multipliait autour de lui les œuvres d'apostolat et de charité, lorsque la Révolution vint paralyser son zèle.
Privé de toute fonction pour refus de serment, obligé de chercher un refuge, tantôt dans sa famille, tantôt dans quelque pauvre maison de Saint-Malo, il sentit plus douloureusement que jamais le poids de l'isolement.
Le souvenir des secours qu'il avait trouvés dans sa société disparue l'assiégeait sans cesse, et il eut l'idée, en pleine persécution religieuse, d'associer secrètement les prêtres de sa connaissance qui avaient résolu, comme lui, de continuer leur ministère au péril de leur vie.
Voici comment il concevait cette nouvelle œuvre. « Pour subvenir, dit-il, aux besoins pressants de l'Eglise, une nouvelle société religieuse d'hommes qui ne respireraient que la gloire de Dieu et le salut du
1 L'abbé de Léséleue, Oraison funèbre de Jean-Marie de la Menrais, p. 16
et suiv.
prochain paraîtrait bien nécessaire; mais, clans un temps où l'on détruit les anciens ordres religieux, il faudrait qu'elle se formât comme à l'insu des peuples, et en quelque sorte malgré eux ; ainsi, les religieux de cette société n'auraient point de biens en commun, et, quoique liés en Jésus-Christ aussi étroitement qu'il serait possible de l'être, ils n'auraient aucune marque extérieure de leur association, ni habit uniforme, ni maisons, ni églises qui leur fussent propres, ni autres choses de celte nature ; mais ils vivraient séparément, comme le faisaient au commencement les prédicateurs de l'Evangile (1). »
C'était, au fond, l'œuvre de l'association dans le cLergé séculier, qui a été reprise bien des fois dans notre siècle, avec de grands fruits de sanctification.
La future société fut placée sous le vocable du Cœur de Jésus^ et les premières bases en furent jetées à Saint- Malo. Mgr de Pressigny, consulté par le P. de Clorivière, lui donna sa pleine approbation, le 18 septembre 1790. Il ne restait plus qu'à trouver des adhérents. Le premier qui se présenta fut le plus ancien guide de Jean-Marie de la Mennais, le saint abbé Engerran. Un grand nombre de prêtres insermentés s'étaient joints à lui, lorsque M. Vielle, arrivant à Saint-Malo, témoigna à son tour le désir d'être admis dans celte phalange d'élite.
Ils ne pouvaient manquer de parler l'un et l'antre au P. de Clorivière de leur élève préféré et des espérances qui ls fondaient sur lui. Ils le recommandèrent avec huit de chaleur, que bientôt le fondateur compta Jean de la Mennais parmi ses plus chers disciples.
La société' du Cœur de Jésus n'admettait que des piètres. Notre aspirant au sacerdoce ne pouvait y prendre rang avant, d'avoir reçu les saints ordres; mais il en pouvait recueillir par avance l'esprit, et c'est ce qu'il ne manqua pas de faire sous la direction de l'éminent religieux.
I Histoire du li. /'. de Clorivière, de la Compagnie de Jésus par le Père Jacques Terrien, de la même Compagnie, p. 254 et suiv.