LES SERMONS DE L'ABBE JEAN
Du reste, il ne réservait ni sa parole ni ses œuvres de zèle à la seule cathédrale de Saint-Malo. « Prédicateur de toutes les chaires, a dit Mgr de Léséleuc, ne tenant aucun compte des distances, se multipliant, pour ainsi dire, au point de ne pas laisser un appel sans y répondre, il accomplissait à la lettre cette effrayante règle que saint Paul traçait à son disciple chéri : In omnibus labora, opus fac evangelistas, ministerium tuum impie. Mets la main à tout travail, fais l'œuvre d'un évangéîiste, remplis ton ministère (1). » ■
In omnibus labora! Avait-on jamais accompli avec une telle rigueur le rude précepte de l'Apôtre? Quand on songe qu'au fardeau d'un ministère paroissial ainsi compris, Jean de la Mennais joignait toujours ses trois cours quotidiens de théologie au collège, sans préjudice des allocutions qu'il devait adresser aux enfants et des confessions qu'il lui fallait entendre à la chapelle, on comprend l'exclamation de son panégyriste : « Vraiment, le ministère, la vocation de cet homme fut bien de faire tout ce que fait l'Eglise (2)! »
On a beau être jeune; il est impossible de mener longtemps pareille vie sans que la nature réclame. Bientôt la poitrine épuisée de M. de la Mennais exigea impérieusement du repos. Avant de quitter pour un temps ses chers séminaristes, il voulut couronner son œuvre auprès de seize d'en Ire eux en les conduisant lui-même à l'ordination. C'était le 22 octobre Î80o. Les élèves de l'abbé Jean avaient préalablement subi un examen devant le vicaire général, président du conseil ecclésiastique du canton de Saint-Malo, M. de Grandclos. « Ils ont répondu d'une manière satisfaisante, écrit l'examinateur à l'évêque de Rennes. Leur application et
! Oraison funèbre, etc. p. 22.
(2) Oraison funèbre, etc.. p. 22.
leur bonne conduite font notre consolation; leur piété a édifié les fidèles. Nous espérons qu'ils mériteront vos bontés et voire protection (1). »
Le prélat auquel étaient adressées ces recommandations n'était plus Mgr de Maillé. Accablé de soucis plus encore que d'années, le vieil évêque élait mort à Paris l'année précédente.
Son successeur élait un ancien oratorien, Mgr Enoch. Il devait occuper le siège de Rennes pendant quatorze ans. Nature honnête, mais faible, il n'avait ni prêté le serment, ni accepté de fonctions dans l'Eglise constitutionnelle; mais il avait participé in divinis avec les schismatiques. Dès 1797, il avait fait publiquement toutes les rétractations désirables; mais sa droiture et son désir du bien ne remédiaient point complètement à son défaut d'énergie, et il abordait le siège de Rennes avec une timidité excessive vis-à-vis du terrible empereur qui venait del'yfaire monter.
Jean-Marie de la Mennais ne devait pas tarder à souffrir de ses hésitations. En attendant, sa première rencontre avec lui fut des plus cordiales. Il obtint du prélat, pour l'école ecclésiastique de Saint-Malo, le titre cl les privilèges de petit séminaire.
Celait L'occasion d'introduire une organisation plus régulière dans le personnel enseignant. Les trois fondateurs avaient jusque là cx^vcr l'autorité en commun. Cette situation n'avait guère d'inconvénients à cause de l'intimité qui régnait entre eux; mais elle ne pouvait se perpétuer sans compromettre l'avenir. M. de Grandclos, usant des pouvoirs étendus que lui laissait l'évèque, nomma M. Vielle supérieur.
Ou put dès lors prévoir de beaux jours pour le petit séminaire. Après trois ans seulement d'existence, il allait sortir de la période «les tâtonnements. La tâche qui avait pesé si lourd au début sur les cinq premiers maîtres allait s'alléger en se divisant.
Unefois leur cours de théologie achevé, quelques-uns
I Lettre inédite. — Archives des Frères