‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 44 sur 270 · LA CI1ESXAIE. LES TRAVAUX LITTERAIRES · texte numérisé non relu

LA CI1ESXAIE. LES TRAVAUX LITTERAIRES

L'Eglise de France sortait à peine de ses ruines. Le concordat lui rendait la liberté de son culte et pourvoyait à son fonctionnement essentiel, mais il la laissait privée de beaucoup d'organes qui, avant la Révolution, augmentaient sa force en multipliant son action. Plus d'ordres religieux, plus de synodes diocésains, plus d'Universités, un jeune clergé réduit à l'enseignement de séminaires improvisés, plus même de retraites ecclésiastiques ni de missions, tel était l'état d'amoindrissement infligé à l'Eglise dans un pays qui lui devait sa grandeur.

Pour comble de tristesse, l'opinion publique était complice de ce désordre. Les hommes de la Révolution vivaient toujours; ils étaient investis des principales charges de L'Etat, et le philosophisme voltairien n'avait point cessé d'inspirer leurs actes. Il fallait dénoncer à la France restée croyante ces ennemis intérieurs qui en voulaient toujours à sa foi; il fallait démasquer les manœuvres perfides qui, lentement, pendant tout le cours du dernier siècle, et sous prétexte de progrès scientifique ou humanitaire, avaient amené les bouleversements au milieu desquels le pays avait failli succomber. Il fallait surtout indiquer les moyens de rendre à l'Eglise une action plus que jamais nécessaire.

De ces préoccupations sortirent les Réflexions sur l'état de l'Église en France pendant le dix-huitième siècle, et sur sa situation actuelle.

C'est le premier ouvrage dû à la collaboration «les deux La Mennais. Il s'ouvre par une longue dissertation historique, dans laquelle les auteurs recherchent, à travers l'histoire Ao> sectes religieuses récentes et des doctrines philosophiques, l'origine des principes révolutionnaires. Cette origine, ils la trouvent dans la Réforme. Riches de faits bien observés, de portraits vigoureusement tracés, ces pages sont instructives et pénétrantes autant que colorées; mais le but des La Mennais n'est pas de s'en tenir au rôle d'historiens. Ils veulent remuer l'opinion, l'opinion ecclésiastique surtout, afin de faire réclamer, ou du moins accepter, les réformes désirables.

La seconde partie du livre énumère en détail ces réformes. C'est là surtout qu'il faut chercher les vues neuves et les projets hardis. Conciles provinciaux, synodes diocésains, retraites ecclésiastiques, conférences doctrinales entre prêtres, vie de communauté dans les presbytères, restauration de l'instruction cléricale par des congrégations enseignantes, évangélisation des paroisses par des missionnaires, éducation confiée à des instituts religieux d'hommes et de femmes, retour aux prescriptions du droit canonique, toutes les institutions abolies par la tourmente de 1793, et que l'effort soutenu du XIXe siècle n'a pu encore restaurer tout à fait, sont proposées et discutées par les deux La Mennais avec un sens pratique absolument remarquable.

Qu'on nous permette d'insister sur leur programme d'enseignement clérical.

« 11 est bien essentiel, lit-on dans le manifeste, qu'on s'occupe de la conservation des sciences ecclésiastiques, dont l'étude ne fut jamais plus négligée et plus nécessaire. Je jette les yeux de tous côtés, et je ne vois en France qu'une seule maison où elles soient cultivées,

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