PLAN D'ACTION SACERDOTALE
c'est Saint-Sulpice. Serait-il possible que l'on ne sentît pas combien il importe de former des défenseurs de la foi? A aucune époque l'Eglise n'eut à repousser des attaques plus dangereuses. Au moment où je parle, toutes les Universités protestantes sont en travail pour lui ravir la preuve si frappante des prophéties. Quelle voix s'élève pour répondre? Aucune, et, tandis que nos ennemis, s'enfonçant dans les langues orientales, en fout comme un champ de bataille où ils nous détient, il ne se trouvera bientôt plus parmi nous personne en état de les y poursuivre et de les y combattre. Qu'on travaille à former des bibliothèques dans les séminaires, qu'on y établisse des dépôts littéraires semblables à ceux qui existaient autrefois dans un grand nombre de communautés. C'est le plus sur moyen de répandre l'instruction; car. avant tout, il faut des livres pour étudier. Et qu'on se garde bien de rejeter les anciens théologiens et les scolastiques, aujourd'hui si décriés; il n'y a que l'ignorance qui méprise, et la véritable science tire parti de tout. Ces écrivains, qu'on nomme barbares, parce que leur style est sec et rebutant, sont quelquefois pleins de sens; comment, d'ailleurs, formera-t-on la chaîne de la tradition, si l'on retranche les scolastiques, qui remplissent seuls plusieurs siècles (1)? »
Quand on songe que ces lignes ont été écrites il y a quatre-vingt-dix ans, à une époque où la science du moyen âge était universellement décriée, on ne peut s'empêcher d'admirer la clairvoyance qui fit des La Mennais les devanciers de Léon XIII (2).
Les deux frères terminent leur plaidoyer pour l'enseignement ecclésiastique « en témoignant le désir qu'on ajoute aux études anciennement usitées celle de l'art oratoire. » — « Sans doute, disent-ils, il n'est pas question de faire de chacun des élèves un Bourdaloue ou un Massillon; mais il convient de leur apprendre à
l Réflexions, etc., p. 135, édition de 1S1!(. (2j Cf. Encyclique JEterni patris, \ août 18"'.).
annoncer avec décence la parole de Dieu, afin que cette parole sacrée ne soit pas dans leur bouche un sujet de dérision (1). »
Ce vœu, pourtant si simple, n'est pas de tout point réalisé, même de nos jours; mais, grâce à Dieu, partout on revient, avec une sincère bonne volonté, au programme des La Mennais. Qui ne sait, en particulier, l'insistance avec laquelle on réclame, pour les jeunes clercs, une formation oratoire conforme aux besoins des esprits contemporains?
Ce qu'on veut avant tout, c'est que la parole de Dieu soit « annoncée avec décence ». Toutefois, on réprouve plus que jamais les ornements d'une rhétorique froide et compassée. La seule éloquence qui ait prise sur l'âme moderne, c'est une éloquence à la fois ardente et simple, nourrie de la doctrine des saintes lettres, faite de conviction, d'onction évangélique et de zélé pastoral. Le type de prédicateur qui répond le mieux aux aspirations de tant d'esprits inquiets, c'est le sublime missionnaire de l'Eglise primitive, l'Apôtre des Nations, saint Paul. Or, cette parole lumineuse et chaude, rayonnement d'une foi que rien n'ébranle, est précisément l'idéal des deux frères : « Ministres du Seigneur, disent-ils, vous ne triompherez point du monde avec les armes du monde. Laissez là ces discours étudiés, ces phrases sonores : que la parole de Dieu, dégagée de ces frivoles ornements qui la dégradent, sorte de votre bouche dans toute sa majesté, dans toute sa simplicité, et, si l'on veut môme, dans toute sa rudesse. Est-ce donc pour flatter l'oreille que Jésus-Christ nous ;i donné son Evangile? La Croix, la Croix, voilà votre éloquence : (die est assez belle, puisqu'elle a persuadé les sages et les ignorants, le grec et le barbare; elle est assez forte, puisqu'elle a subjugué la terre. 0 Croix, Croix divine! qu'il se trouve seulement, comme autrefois, douze apôtres pour l'arborer dans l'univers, et l'univers est à tes pieds (2)! »
(1) Op. cit.. p. L36.
(2) Ibid., p. lit).