‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 62 sur 270 · LES VACANCES A SAINT-SULPICE · texte numérisé non relu

LES VACANCES A SAINT-SULPICE

(je dirais de sa science si je le connaissais mieux), <ln zèle ardent de M. de Janson (1) et de la douce piété de Teysseyre : dis-je bien? 0 la douce récolte, et avec quelle joie nous la partagerions (2) ! »

M. de la Mennais se mit tout d'abord en retraite sous la direction de M. Duclaux. Il avait besoin d'oublier dans une conversation prolongée avec Dieu l'agitation un peu inquiète des mois précédents; il voulait surtout renouveler, au contact de ces saintes âmes, si calmes, si maîtresses d'elles-mêmes dans leur immolation silencieuse, son ardeur pour le bon combat.

Les quelques semaines qu'il passa alors à Saint-Sulpice comptèrent parmi les plus heureuses de sa vie. Ses vieux amis l'avaient accueilli avec une tendresse touchante. Tantôt on faisait cercle autour du bureau de M. Emery, ri là, on s'excitait mutuellement à lutter pour l'Eglise de plus en plus humiliée et asservie, tantôt on se rendait à la maison de campagne du séminaire, et l'on causait théologie sous les ombrages qui avaient entendu les fameuses conférences de Bossuet(3); on visitait l'ermitage du Mont-Valérien, ou même, pour trouver aux portes de Paris les charmes du désert, on se rendait en pèlerinage chez les solitaires de la forêt de Sénart.

Féli, à qui l'on faisait part de ces excursions, enviait le sort de ses amis. « J'espère, écrivait-il à son frère, que tu ne manqueras pas de te ressouvenir de moi chez ces bons solitaires de Sennaart (sic) au milieu desquels il serait si doux de vivre et de mourir. Tout ce que j<i regrette (mais je le regrette bien vivement), c'est de n'être pas du pèlerinage, et de n'avoir pas, au moins une fois, vu de mes yeux ces anges du désert dont

I Charles-Auguste de Forbin-Janson, auditeur au conseil d'Etat sous l'Empire, venait de renoncer à la carrière administrative pour entrer dans les ordres. C'est vraisemblablement pour ses études théologiques qu'il se trouvait alors à Saint-Sulpice,

(2) A. Blaize. — Œuvres inédites, etc., t. I. p. 52.

:i On sait que Bossuet tint à Issy, en compagnie de Fénelon, de M. Tronson, supérieur de Saint-Sulpice'et de M. de Noailles, des conférences célèbres dans l'histoire du quiétisme.

j'aimerais tant, quoique indigne, à partàgerla solitude (1).»

Un incident vint toutefois réveiller dans l'âme de MM. de la Mcnnais et Brute d'amères préoccupations. Pendant qu'ils se trouvaient à Issy, M. Emery reçut un exemplaire de la bulle d'excommunication lancée par Pic VII contre l'empereur, le 10 juin précédent. On sait que cette bulle avait amené l'arrestation du pape et sa déportation à Savone. Tout en affectant le dédain pour l'excommunication, Napoléon en craignait extrêmement les effets, et multipliait les précautions pour empêcher qu'elle fût connue en France. On ne pouvait, sans risquer sa vie, violer sur ce point la consigne impériale.

M. Emery n'hésita pas à confier aux deux prêtres bretons le message du pape, avec mission de le divulguer, malgré la police. « Désireux que la bulle fût connue ew Bretagne, a écrit M. de la Mennais, il engagea M. l'abbé de Mazenod, aujourd'hui évêque de Marseille, a en faire une copie, et il nous chargea, mon saint ami Brute et moi, de l'apporter dans notre province et de l'y répandre. M. Brute la cacha dans la cuve de son chapeau. Arrivés à Vitré, nous finies ce que nous avait dit de faire le vénérable supérieur et père (2). » Malgré la pièce compromettante, le retour s'effectua sans encombre, et le clergé breton connut, grâce au courage des deux amis, les protestations du Père des fidèles contre les violences qu'on lui iniligeait.

Ce voyage avait encore resserré les liens qui unissaient M. de la Mcnnais à M. Brute. Celui-ci songeait sans doute à la dure séparation que bientôt, en quittant la France, il allait imposer à son confrère, et il redoublait de tendresse pendant les dernières semaines de vie commune. L'abbé Jean, qui ne savait rien encore de ses projets, jouissait avec ravissement de la douceur d'un Ici commerce. « Mon ami. mon tendre ami, disait-il, je ne vous remercierai point de toutes les bontés, de toutes

1 A. Blaize, Œuvres inédites, etc., t. I, p. 52. [2 Lettre île M. <k> la Mcnnais à M. Paillon, 2-2 mai 1846.

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