‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 85 sur 270 · LES CONGRÉGATIONS. LA VOCATION DE FÉLI · texte numérisé non relu

LES CONGRÉGATIONS. LA VOCATION DE FÉLI

Quelques jours après les obsèques de Mgr Caffarelli, un mandement du vicaire capitulaire circulait dans la ville et dans le diocèse. On le lisait avidement, et les laïques eux-mêmes le commentaient en divers sens.

Il contenait la phrase suivante, qui, sous réloge du défunt, laissait deviner un programme : « Nous ne craindrons pas de rappeler ici des temps qui ne sont plus. Quand la Providence permit que l'Eglise tout entière fût attaquée dans son chef et qu'on cherchât à l'opprimer avec sagesse, lorsque l'orgueil couronné voulut étouffer l'Eglise de Jésus-Christ dans ses bras d'airain, l'évoque de Saint-Brieuc n'écouta qu'une crainte, celle de Dieu. Attaché à l'unité par le fond de ses entrailles, il refusa tous les sacrifices qu'on demandait à sa conscience, cl, se rappelant qu'un « fidèle ministre de Jésus-Christ peut «être tué, mais ne peut être vaincu, » après avoir eu •le bonheur do défendre la vérité, il n'aspira plus qu'à celui de mourir pour elle (1). »

1 Mandement des vicaires capitulaires de Saint-Brieuc, en date du L3 janvier 1815.

Le mandement était signé des quatre vicaires capitulaires; mais on connaissait les trois vieillards associés à M. de la Mennais; personne ne se méprit sur Fauteur de cet audacieux manifeste.

Napoléon était à l'île d'Elbe; mais les fortes têtes de Saint-Brieuc ne se ralliaient pas volontiers à la monarchie de Louis XVIII. Tous les anciens révolutionnaires flattés et rentes par l'Empire étaient opposés au régime nouveau. Mgr CalTarelli les avait ménagés, et ses relations bonapartistes lui avaient même attiré leur considération. Lorsqu'on vit le diocèse livré à un prêtre jeune, entreprenant, d'un royalisme éprouvé (1), décidé à défendre envers et contre tous les droits de l'Eglise, les vieilles détiances jacobines se réveillèrent.

On épiait déjà ses faits et gestes pour le désigner à la vengeance des sectes, lorsqu'on apprit que Napoléon venait de rentrer aux Tuileries, après une marche triomphale de huit jours à travers la France.

« — Fuyez, vous êtes perdu ! lui dirent aussitôt ses amis. Les jacobins de Saint-Brieuc viennent d'envoyer votre mandement à l'empereur.

« — Eh bien! répondit-il, je ne suis pas fâché que l'empereur en prenne lecture. »

Puis, désignant du doigt, sur une feuille du mandement, le passage, incriminé, il ajouta :

« Que voulez-vous? ce qui est écrit est écrit. Mes actes

I Si M. de la .Mennais était fidèle à la dynastie qu'il considérai!

alors comme seule légitime, il était loin d'approuver toutes les doctrines politiques de la Restauration. Voici comment, s'adressant à M. Querret. il jugeait le gouvernement de Louis XV1I1 : « Le renvoi de Fouché. Talleyrand et compagnie .' produit un bon effet dans ce pays-ci; on espère que les ministres qui leur succèdent auront plus de vigueur; le courage des honnêtes gens se relève: les méchants montrent déjà moins d'audace. Au reste, il faut être bien aveugle pour ne pas voir les dangers qui nous menacent dans un avenir prochain, si le gouvernement ne s'occupe pas, avant tout et par-dessus tout, du rétablissement de la religion et des mœurs. » Lettre écrite en septembre 181o.;

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