ÉVÊQUE DE COUTANCES ET AVRANCHES
Coutances, le 3 octobre 1902 Mon Révérend Père,
J'ai lu avec une vraie satisfaction votif ouvrage si attrayant et si documenté : JeanrMarië de la Mennais. 11 met en pleine lumière les vertus el les œuvres du serviteur de Dieu; aussi fera-t-il apprécier •davantage les éminents services qu'a rendus à l'Ki^lise cet homme de bien.
Elevé par ses disciples, auxquels je garde une respectueuse et filiale reconnaissance, j'appelle de tous mes vœux le jour où il
LETTRES ÉPISCOPALES
nous sera permis d'invoquer publiquement M. de la Mennais. Voire consciencieux travail ne peut que hâter le moment tant désiré. Recevez, mon Révérend Père, la nouvelle assurance de mon affectueux dévouement.
f JOSEPH, évêque de Coutances e1 Avrânch'es.
LETTRE DE S. (i. MONSEIGNEUR DE CABRIÈRES
K\ EQUE DE BïONTPELLIER
Montpellier, le 14 septembre 1902.
Mon Révérend Pèn
Le meilleur éloge que je puisse l'aire de votre Vie de Vdbbé Jean- Marie de la Mennais, c'esl que, l'ayant reçue par le courrier de ce matin, il me faut un réel efforl pour la quitter afin de vous écrire.
Dés 1rs premières pages, j'ai été saisi. La description de Saint- Malo, l'évocation des grands hommes que cette ville vaillante a donnés au pays, par dessus toul le rayonnement dos deux grands noms de Chateaubriand el de Félicité de la Mennais, m'ont si fortemenl impressionné, que je ne pouvais plus me détacher de cette lecture.
Los temps que vous rappelez en quelques traits, mais avec tanl de netteté et de vigueur; les dignes représentants de l'ancien épiscopal ei de l'ancien clergé, dont vous esquissez les nobles physionomies, Mgr Gortois de Pressigny — frère, ou du moins très pioche parenl de Mgr Gortois de Balore, évêque de Nîmes au momenl de la Révolution, demeuré si cher à mes grands parents, - le I'. de Clorivière, l'un des restaurateurs de la Compagnie de •lésiiN, et, en l'are d'eux, les apurais el les liourreau x , les indifférents et les timides : tout cela esl du siècle passé, et peul reparaître demain! Que de belles leçons ressortent de ce que vous racontez, et que d'encouragements à recueillir pour les luttes ou les difficultés qui lions attendent !
Par-dessus tout, mon Révérend Père, pour les chrétiens, le contraste si puissant el si douloureux, qui se dessine peu à peu,
LETTRES EPISCOPALES xm
s'affirme et se creuse enfin cruellement entre le pieux fondateur tl'iiiit' communauté de Frères voués à l'éducation des enfants du peuple et le « Titan orgueilleux » qui, du camp des catholiques et des royalistes les plus intransigeants, passe au camp des ennemis les plus irréconciliables de la monarchie et de la religion, voilà ce qui domine toutes les scènes dont vous nous faites le récit. Absent, invisible, étranger volontairement et opiniâtrement aux croyances comme aux œuvres de zèle de son angélique frère, « Féli » est toujours devant les yeux de l'âme, devant la pensée.
El quelle opposition entre le refus terrible que font les mandataire ilf ses dernières volontés de la présence d'une croix sur sa tombe, et tout l'objet de votre livre : la glorification d'un saint, qu'on espère voir, un jour, sur nos autels!
Je ne crains pas, mon Révérend Père, l'indifférence du public pour votre bel ouvrage. On ne le lira pas seulement avec plaisir; ce sera avec passion, et, l'avant ('prouvé, je puis en rendre témoignage.
Agréez, avec mes compliments sincères, l'assurance de ma gratitude et de mou humble respect en N.-S.
f FR.-MARIE-ANATOLE DE CABRIÈRES, évêque de Montpellier.