LA CONGREGATION DES HOMMES
pratiques pieuses les devoirs de charité mutuelle, il veut « que les confrères se considèrent comme frères et se rendent les uns aux autres les services de toutes sortes qui seront en leur pouvoir, soit en santé, soit en maladie (1). »
Ce fut un beau jour pour les anciens associés dispersés par la Terreur, que celui où la chapelle Saint-Pierre sortit de ses ruines pour abriter de nouveau leurs réunions. Le grand vicaire prit la parole à l'inauguration du sanctuaire restauré. Il répondit au sentiment de tous en opposant aux tristesses des profanations révolutionnaires l'espérance d'un renouveau de piété sur cette colline sanctifiée depuis des siècles :
« Dans ces temps de douloureuse mémoire, dit-il, où, sans attaquer ouvertement la foi, on s'efforçait néanmoins d'en renverser l'un après l'autre tous les appuis, vos assemblées furent interdites, votre congrégation dissoute; que dis-je? les impies arborèrent leurs étendards en signe de victoire au haut de ces sacrés parvis, comme sur les murailles d'une ville prise d'assaut. La hache et le mari eau brisèrent les ornements, les sculptures de cette chapelle antique que vous vous étiez plu à embellir; il ne resta debout que ces murs dépouillés, nus, à demi-ouverts, et les rues de cette ville, suivant l'expression du Prophète des douleurs, pleuraient, parce que personne ne venait plus dans cette enceinte chanter les louanges et les cantiques du Seigneur. Hélas! si Dieu n'avait pas abrégé ces jours malheureux, ces ruines mêmes auraient péri, et avec elles nos plus chères espérances. Bénissons donc la Providence miséricordieuse de notre Dieu. C'est elle qui a veillé à la conservation de ce lieu où nos pères l'ont invoqué avec tant de ferveur, et qui est encore, pour ainsi dire, tout embaumé du parfum de leurs prières. C'est elle qui, après un long orage, nous rassemble de nouveau dans cette maison sainte consacrée par de si doux souvenirs, et où le Seigneur a tant de fois manifesté sa gloire et sa miséricorde (2). »
i Règle inédite — Archives des Frères. ^ Fragment inédit — Ibid,
La congrégation relevée par M. de la Mennais a fait place, dans ces dernières années, à une autre œuvre destinée à honorer la Mère de Dieu, l'archiconfrérie de N.-D. d'Espérance. Sur la colline où s'élevait jadis la chapelle Saint-Pierre, un gracieux sanctuaire domine la ville de sa flèche aiguë. Là, des milliers de pèlerins viennent, chaque année, prier pour le salut de la France. Le vœu du saint prêtre qui voulait « étendre par tous les moyens possibles le culte de Marie » est accompli au déjà de ses prévisions.
La ville de Saint-Bricuc, enrôlée presque tout entière dans des congrégations pieuses, conserva longtemps les fruits de la mission de 1816. Trois ans après, néanmoins, les bonnes habitudes commençaient à fléchir. M. de la Mennais n'hésita pas à employer de nouveau les grands moyens. Le P. Gloriot et ses compagnons traversaient Saint-Brieuc pour aller prêcher à Brest. Il les arrêta au passage et les obligea, à force d'instances, à donner de nouveau, pendant quinze jours, les exercices de la mission.
Le grand vicaire ne se contentait pas de fonder des o -livres, il en restait l'âme. Il comprit très vite qu'on n'a d'action efficace sur les hommes qu'en se maintenant avec eux dans un contact habituel, et, pour ainsi dire, continu. A partir de la mission de 1816, il se mit à confesser beaucoup, mais seulement les hommes et les jeunes gens, qu'il entendait chez lui. Les gens du peuple formaient sa clientèle préférée ; son escalier était journellement encombré d'ouvriers, d'apprentis, de laboureurs et d'écoliers. Quant à la direction des dames de la société, il l'abandonnait volontiers au cher M. Vielle, qui s'en acquittait à merveille.
M. de la Mennais commençait à jouir des résultais de son zèle. Néanmoins une sourde inquiétude lui gâtait la joie du succès. Pendant que sa réputation grandissait à Saint-Brieuc, et que de toutes parts, on lui témoignait