‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860 (volume 3)Chapitre 99 sur 270 · LE GRAND SEMINAIRE DE SAINT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LE GRAND SEMINAIRE DE SAINT-BRIEUC

pas à mettre publiquement son autorité au service d'un homme qui se dépensait sans compter au service du diocèse. Il transporta son cabinet de travail au séminaire, et affecta de consulter en tout son ancien précepteur. Cette attitude résolue mit fin à l'hostilité déclarée, sinon au mauvais vouloir.

Sans entrer dans le détail des études théologiques, M. de la Mennais suivait avec intérêt ceux des ordinarids qui promettaient au diocèse des prêtres distingués.

C'est ainsi qu'il discerna un jeune homme du nom de Jacques Le Mée, qui jouissait d'une bourse dans la maison de M. Vielle. Le sujet était d'intelligence ouverte, de manières graves et aisées. M. de la Mennais jugea qu'au séminaire de Saint-Sulpice, il ferait de plus rapides progrès qu'à Saint-Brieuc, et il s'imposa le sacrifice de payer sa pension à Paris. Quelques années après, l'abbé Le Mée succédait à son bienfaiteur comme vicaire général de Saint-Brieuc, et plus tard, en 1841, il s'asseyait sur le siège épiscopal de Mgr Caffarelli. L'abbé de la Mennais avait vu juste.

Assuré du dévouement de M. Vielle et de ses auxiliaires, le grand vicaire aurait voulu les attacher pour longtemps au séminaire. Mais comment imposer, toute la vie. une situation matérielle misérable à des hommes qui, par la science et l'importance des services rendus, étaient à la tète du clergé ? M. de la Mennais déplorait que les ecclésiastiques employés dans l'enseignement fussent moins bien traités que leurs collègues des paroisses.

L'occasion se présenta, en 1816, d'améliorer leur situation. Une somme de cinq millions fut ajoutée par le gouvernement à la dotation du clergé. Mais les professeurs et directeurs des séminaires furent oubliés, comme ils devaient l'être, hélas ! si souvent depuis, datts la distribution de ces largesses.

En présence de ce qu'il estimait une faute de l'administration des cultes, M. de la Mennais ne se résigna pas au silence. Il adressa au ministre une réclamation motivée en faveur de ces prêtres, les meilleurs serviteurs des

diocèses, qu'on délaissait uniquement parce qu'ils ne songeaient pas à se faire valoir.

Les raisons qu'il présente à l'appui de sa demande conservent, après plus de quatre-vingts ans, tant d'actualité, qu'on nous saura gré de les reproduire : « Pour professer dans un séminaire, dit -il, il faut réunir des connaissances qui sont aujourd'hui très rares; il faut avoir assez de dévouement pour se condamner à mener, dans une maison de retraite, une vie obscure, et assez de courage pour s'assujettir à des règles pénibles. Des hommes si recommandables méritent d'autant plus qu'on s'occupe de leur sort, qu'ils s'en occupent moins euxmêmes, et qu'il est à désirer qu'on ne soit pas obligé de leur donner plus tard une autre place, comme récompense de leurs travaux. Si les maîtres changeaient sans cesse, ils n'auraient, ni le goût d'un état qui ne serait pas fixe, ni le temps d'acquérir, par de longues études, les lumières qui leur sont nécessaires pour enseigner la théologie. La plupart des évèques, à défaut d'anciens professeurs, ont été obligés de confier cette importante fonction à de jeunes prêtres, qui chaque jour deviennent plus capables de la bien remplir. N'est- il pas juste de leur assurer une existence honorable? Les établissements dans lesquels ils se consacrent à l'instruction sont trop pauvres pour y pourvoir, et d'ailleurs, ce que l'administration des séminaires leur donnerait serait nécessairement pris sur les aumônes destinées au soulagement des élèves, qui ont eux-mêmes des besoins si multipliés, qu'on ne peut y suffire. On demande donc qu'il soit accordé aux directeurs des séminaires un traitement égal à celui des desservants, et que le supérieur jouisse du traitement de curé de première classe (1). »

Cette requête, pourtant si sage, resta sans résultat. La Restauration, pas plus que l'Empire, n'aimait les professeurs de théologie, dont elle suspectait sans cesse l'enseignement. On crut bon, sans doute, de favoriser

(1) Lettre inédite. — Archives de l'évtVhé de Saint-Urieuc.

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