PLOERMEL. LA DIHECTION SPIRITUELLE DES FRERES
Ploërmel, avec ses chapelles et s»s calvaires dressés au milieu d'une campagne un peu triste, c'est toute l'austère poésie de la terre bretonne.
De grandes landes semées d'ajoncs, que déchirent çà et là les' arêtes moussues d'uri bloc de granit; des champs bordés de chênes bas, qui conservent tout l'hiver leur feuillage de rouille; des châtaigniers au tronc rugueux, dont la ramure protège le toit affaissé des chaumières; de temps en temps, émergeant de la vaste plaine, une colline herbue avec sa sombre couronne de sapins, tel est le spectacle qui se déroule pendant des kilomètres , en ce canton de la pauvre et rude Rretagne. De loin, cette terre, défrichée pourtant depuis des siècles, garde l'aspect d'une forêt, que perce parfois la flèche aiguë d'une église ou le pignon d'une gentilhommière délabrée. Parfois un paysan passe sans regarder. Visage énergique mais calme , costume sévère , démarche assurée , tout dénote l'harmonie profonde qui attache ce fils des Celtes à son sol héréditaire.
Seul, un petit lac bordé de rives toujours vertes sourit au voyageur, dans la mélancolie des guérets couverts de brume. C'est l'âme de la Bretagne, avec ses nostalgies et ses tristesses, ses amours vivaces et ses souvenirs profonds, qui plane sur ces hameaux dispersés au fond des saulaies. Nous sommes eu plein pays de légende et de rêve. Mais prenons-y garde : ce calme pénétrant et doux n'amollit pas les courages ; cette paix un peu triste n'est pas la paix de la tombe. Le Morbihan est le pays des grands coups d'épée prodigués, en mainte bataille, pour l'indépendance de la terre bretonne. A une lieue et demie de Ploërmel, au centre de la noble province, s'étend la plaine où trente de ses chevaliers infligèrent à l'Anglais une défaite fameuse, et oii leur chet blessé entendit l'invitation héroïque : « Beaumanoir, bois ton sang ! »
La petite ville oii l'abbé Jean de la Mennais fixa le chef-lieu de son institut reproduit, dans son aspect à la fois religieux et un peu sombre, la physionomie générale du pays. Avec ses maisons grises groupées autour de vieux cloîtres, Ploërmel rappelle ces bourgades monastiques du moyen âge, que le couvent voisin a fait sortir de terre. Seules, de nos jours, sa ceinture de remparts croulants et son église avec sa tour massive, qui semble faite pour abriter des hommes d'armes, lui donnent encore, de loin^ l'aspect d'une cité féodale. L'asile est préparé à souhait pour une milice de moines-soldats.
C'est de là que, pendant près de quarante ans, le fondateur des Frères dirigera le corps d'armée qu'il a donné à l'Eglise.
On se souvient que la troupe grossissante de ses postulants ne pouvait plus tenir, dès l'année 1824, dans la pauvre maison de Josselin. Or, pendant son séjour à la Grande-Aumônerie, l'abbé Jean avait remarqué, lors de ses] voyages en Bretagne, l'ancien monastère des