‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 2 sur 260 · ARRIVÉE DES FRÈRES A PLOERME L · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DES FRÈRES A PLOERME L

Ursulines de Ploërmel, désert depuis la Révolution (1). C'était une construction du XVII® siècle^ modeste d'aspect, mais assez vaste, et qu'on pouvait croire solide.

Malheureusement, elle n'était libre qu'en partie ; les bureaux de la mairie occupaient plusieurs des anciennes salles conventuelles. Mais la situation centrale de Ploërmel présentait de tels avantages, que M. de la Mennais n'hésita pas. Il traita, pour dix-huit mille francs, avec un sieur DoUé, acquéreur de l'ancien couvent, et devint ainsi propriétaire de la majeure partie des bâtiments claustraux (2).

C'était au mois de mars 1824. Ploërmel était une ville foncièrement chrétienne, où la Révolution avait passé sans grands désordres et n'avait guère laissé de traces. Malgré tout, l'annonce de l'arrivée des Frères souleva des protestations, et un avocat nommé Le Guével fit signer à plusieurs habitants une pétition tendant à empêcher leur établissement.

Ce bourgeois libéral qui, plus tard, devait témoigner

(1) M. de la Mennais eut d'abord la pensée d'établir son noviciat à Quimper. L'évêque du diocèse, Mgr Donibideau de Crouseilhes, l'y engageait fortement. Pour remédier à « Tétat déplorable des enfants de la ville de Quimper et à leur corruption prématurée >>, il se proposait d'établir une maison de Frères à Quimperlé. « Alors, disait-il à l'abbé Jean, la maison de Quimper et celle de Quimperlé se trouveraient dans la ligne qui les relierait à celles d'Auraj^ et de Josselin ; cela faciliterait tous les changements que vous croiriez utiles ou nécessaires. »

Le digne prélat se proposait d'aller traiter cette affaire à Paris, où résidait alors l'abbé Jean. Il mourut subitement, en montant en voiture pour accomplir le voyage.

Quelque temps auparavant, en 1822, la famille de Rohan avait offert à M. de la Mennais, pour y installer un de ses établissements, le château de Josselin ou le château de Guéméné, à son choix. Le fondateur des Frères hésita d'abord, et consulta un de ses amis, l'abbé Le Priol, recteur de l'Académie de Rennes. Celui-ci répondit : « Château pour château, je préférerais Josselin à Guémené. » Malheureusement, le splendide manoir de Josselin était alors fort délabré. M. de la Mennais recula devant les frais de restauration, et les offres des Rohan restèrent sans résultat.

(2) Le contrat fut passé au nom de M. Deshayes, qui agit lui-même comme mandataire des Sœurs de la Sagesse. H devait, en 1837, léguer par testament l'immeuble à M. de la Mennais. Pourquoi celui-ci ne traita-t-il pas en son propre nom? H est difficile de le savoir. Peut-être ses finances, obérées par les frais d'éducation des premiers Frères, ne lui permirentelles pas de payer immédiatement la propriété. R aurait alors accepté les avances des Sœurs de la Sagesse, et, par scrupule d'honnêteté, aurait fait rédiger l'acte de vente au nom de M. Deshayes, leur supérieur général.

aux Frères de tout autres sentiments/ cre'a d'abord contre eux un véritable mouvement d'hostilité.

D'autres épreuves attendaient la petite colonie dans cette nouvelle demeure.

La maison de Josselin était si incommode, qu^on se hâta de la quitter, avant même que celle de Ploërmel fût en état de recevoir une communauté. C'est le 3 novembre 1824 que les novices prirent possession du vieux couvent (i).

Rien de plus pauvre, de plus désolé, que cette grande bâtisse aux fenêtres brisées, aux murs salpêtres.

La chapelle servait depuis longtemps aux plus vils usages. Le fermier qui exploitait l'enclos du couvent logeait ses vaches dans l'ancien chœur des religieuses ; l'emplacement de Pautel principal était converti en grenier à foin, et un boulanger entassait ses fagots dans la nef.

De tout le bâtiment acquis par M. de la Mennais, il n'y avait d'habitable que l'aile septentrionale, laquelle comprenait seulement trois chambres. Une d'entre elles fut destinée au fondateur ; une autre fui mise à la disposition de i\L Deshayes, qui devait l'habiter à l'époque des retraites ; la troisième fut convertie en cuisine et en réfectoire à l'usage des Frères. Un petit appentis attenant à cette dernière devint l'unique salle réservée aux exercices du noviciat. Le dortoir commun fut installé d'abord dans un vaste grenier ouvert à tous les vents. Quant aux salles du rez-ie-chaussée, qui avaient servi autretois aux exercices des religieuses, elles ressemblaient plus, avec leurs poutres vermoulues et leurs murs crevassés, à des écuries ou à des caves qu'à des habi- .tations humaines.

C'est dans ce dénuement qu'à son retour de Paris (IG novembre 4824), l'abbé Jean retrouva ses pauvres enfants. Immédiatement, il se mit à Uoeuvre : « Je suis arrivé à Ploërmel depuis dix jours, écrivait-il le 26 novembre, et

(1) Juste deiix cents ans après l'entrée des Ursulines dans leur monastère récemment bâti. — Elles en avaient pris possession en novembre U'd\.

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