‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 15 sur 260 · L'I^CULE UE DINAN EN · texte numérisé non relu

L'I^CULE UE DINAN EN

des Frères de Dinan, va nous en donner une idée. Appelé, en 189i-, à présider la distribution des prix à l'école de Pordic, M. Fouré rappela, avec un grand cliarnie, ses souvenirs de 1830. Voici quelques traits de son récit :

« Ilyabien longtemps que je pris part, comme écolier, à une distribution de prix.' C'était à Dinan, le 1*^^ août 1830 : il y a soixante-quatre ans. La fête était bien moins solennelle qu'aujourd'hui. Point de public, point même de parents; rien que les écoliers dans leurs classes, et le Frèi*e supérieur appelant ceux qui avaient été dignes d'une récompense. Le cœur battait néanmoins bien fort, surtout à ceux — et j'étais du nombre — qui craignaient de n'en avoir mérité aucune. Je fus heureux. Le nombre des prix ét^it réduit; j'en eus un, et je me rappelle que, dès le jour môme, je le feuilletai et en lus une partie. C'était le Combat spirituel : un bon petit livre, choisi pour servir de guide à ceux qui entrent dans la vie...

« Â l'époque éloignée dont je parle, les choses se passaient à pou près comme aujourd'hui dans cette école. On y enseignait la lecture, l'écriture, l'orthographe, le calcul et le catéchisme.

« On faisait la prière comme aujourd'hui, un peu plus fréquemment peut-être. C'est ainsi que, deux fois le matin et deux fois l'après-midi, un moniteur allait annoncer l'heure dans chaque classe, et avertir des changements d'exercices (les montres et les pendules étaient alors moins communes qu'aujourd'hui).

« Le moniteur disait, en ouvrant la porte : « Il est telle heure î » Le premier de la classe répondait : « Bénis soient le jour et l'heure de la naissance, de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ! » Les élèves ajoutaient en chœur : « Je continuerai, ô mon Dieu, de faire toutes mes actions pour l'amour de vous. » — Et l'on se remettait au travail. »

« Il y avait alors une chose qui empêchait de consacrer tout le temps de la classe à l'enseignement, une chose bien petite cependant, c'était la nécessité de fournir

des plumes aux écoliers. Il faut que je vous en dise un mol.

« A l'époque dont je parle, on ne se servait que de plumes d'oie. Les écoliers ne savaient point les tailler, et c'était au maître qu'incombait cette corvée. A cet effet, il commençait à faire lire les quatre ou cinq premiers de la classe, puis il mettait l'un d'eux à sa place. Il lui donnait le « signal )s marque de l'autorité, et c'était le petit maître improvisé qui faisait lire chaque élève jusqu'au quatre-vingt-dixième, car j'ai vu quatre-vingtdix élèves dans la môme classe.

(( Pendant ce temps, le Frère, armé de son canif, passait le long des tables, et taillait les plumes de ceux qui le lui demandaient par signes

« L'apparition des plumes de fer vint mettre un terme à ces embarras. En 1833 ou 1834, à la rentrée, le Frère montra avec complaisance aux élèves un petit tube en métal qu'il tira de sa poche, et en fit sortir une plume de fer. Grande admiration! Chacun aurait voulu en avoir; mais ce n'était pas chose facile : on apprit que chaque plume coûtait cher.

{< Plusieurs tirent des économies sur les petites gratifications du jeudi, et celui qui vous parle mit six semaines à réunir la somme nécessaire pour acheter sa première plume de fer! Six sous, la plume, — sans le^ porte-plume! — c'était vraiment cher; aussi les plumes d'oie ne furent-elles pas détrônées de sitôt. Ce n'est que plusieurs années après qu'elles firent place aux plumes de fer. GrâçjB à celles-ci, les maîtres purent consacrer tout leur temps aux élèves, et leur enseigner l'histoire sainte, la géographie, et, dans quelques écoles, un peu de dessin et d'arpentage (1). »

Ja^mais la pauvrt^te ni les autres difficultés des fondations n'ont empêché le succès d'une œuvre voulue de

(1) Manuscrit commutiiqué par M. Fonré. ancien ju^e au tribunal de Saint-Brieuc, domicilié ik Binan.

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Dieu. Malgré le travail accablant des Frères, malgré les oppositions qu'il leur fallait subir, ou plutôt, à cause de ces divers obstacles, qui trempaient leur énergie en fortifiant leur foi, l'institut se développait rapidement. Au i^' juin 1827, juste dix ans après sa fondation, il comptait 57 écoles, 157 Frères en exercice, 6 105 élèves. De plus, dix, nouvelles écoles étaient demandées au fondateur (1),

A part quelques administrations municipales, les pouvoirs publics favorisaient l'entreprise.

Parmi les hauts fonctionnaires qui se montrèrent serviables à l'abbé Jean, nous devons citer l'abbé Le Priol, recteur de l'Académie de Hennés. C'était un de ces prêtres à la foi robuste, au caractère droit et énergique, par lesquels Mgr Frayssinous espérait régénérer rUniversité.

Il comprit, des la première heuje, que l'œuvre de M. de la Mennais était capitale pour le maintien de la foi et la diffusion des connaissances utiles en Bretagne, et il agit en conséquence. Il écrivait au fondateur, le 19 juillet 1822 : « Aujourd'hui, je demande qu'il vous soit accordé, pour cette anilée, une somme de 2 000 francs, afin de vous aider à achever votre bonne deuvre, ([ue je dis et que je crois être inspirée de Dieu, pour le salut de nos pauvres Bas- Bretons. Je n'oublie pas de parler de vos frais considérables pour établir vos noviciats (2). »

Ce secours de 2 000 francs, qui devait désormais se renouveler annuellement et s'élever, plus tard, jusqu'à 0 000 francs, ne fut point la seule faveur due aux bons offices, de M. Le Priol.

Il s'employa pour faire céder aux Frères l'immeuble du collège ecclésiastique de Tréguier, lorsque les élèves de ce dernier eurent, été transférés dans l'ancien grand

(i) Chitfres donnés par M. de la.Mennais à M. l'abbé Blanchard, recteur de l'Académie de Rennes. — Archives Nationales, section moderne, F. 175, 78, l'09.

^2) Extrait d'une Notice sur M. Le Priol, par le docteur Daifuillon, travail publié dans Vllermine du 20 juillet 1895.

séminaire. Il se mit, de plus, à la disposition de Tabbé Jean pour répandre, dans tout le ressort de TAcadémie, les prospectus des nouvelles écoles. Enfin, témoin des succès obtenus par les élèves des Frères, il entreprit de Faire décerner aux humbles « Ignorantins » des récompenses honorifiques : « Je me suis décidé, écrivait-il au supérieur, à demander des médailles pour vos Frères, J'ea demanderai même pour les Frères des Ecoles chrétiennes, qu'ils les acceptent ou non. Il faut que les meilleures écoles soient les plus honorées (1). »

Malheureusement, Tappui de cet homme de bien manqua trop tôt : il prit sa retraite à la fm de Tannée 1822.

Six ans après, M. de la Mennais trouvera un autre protecteur, plus influent encore, dans la personne de M. Ambroise Rendu, conseiller de l'Université, qui deviendra pour lui un véritable ami.

Un autre conseiller de TUniversité, avec lequel l'abbé Jean avait entretenu de sympathiques relations pendant son séjour à Paris, l'abbé Clausel de Goussergues, le favorisera aussi de tout son pouvoir, comme en témoigne la lettre suivante :

« Quatre mille francs vous sont accordés, sur mon rapport, pour vos précieux établissements, auxquels notre nouveau ministre (2) prendra toujours un vif intérêt. Cent mille écus de fonds affectés aux écoles primaires vous promettent, pour la prochaine fois, une somme qui vous fera plaisir, et qui ne sera jamais au-dessus de vos besoins.

« Toutes les contrées qui recueillent les fruits de votre zèle nous transmettent des éloges de votre charité, qui pourront servir, un jour, au panégyrique du saint fondateur des Frères -bretons (3). »

C'était l'âge d'or où les recteurs des Académies délivraient aux Frères les brevets des divers degrés, sur

vl) Lettre du M juin 1822. — Extrait de riJermine, n" cité. .

(2) Le comte de Giiernon-Ranville.

(3) Lettre inédite du 8 septembre 1829. — Archives des Frères.

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