L'ÉCOLE DE PLEUBIAN EN
Ht comme les frères convers de l'ordre nouveau. On les appela les Frères de travail. Le fondateur avait, d'ailleurs, sur eux d'autres vues, qu'il ne tarda pas à réaliser.
Telle était, à ses débuts, la vie studieuse et pauvre de ce noviciat, dont le directeur venait, de s'engager lui-môme^ par vœu, dans la congrégation de Saint-Pierre, à la pratique d^s vertus religieuses.
Ces vertus, dont les jeunes Frères faisaient l'apprentissage à Ploërmel, ils trouvaient de fréquentes occasions de les exercer au dehors. Les écoles, qui se multipliaient peu à peu dans les Gôtes-du-Nord, le Morbihan et l'ille-et- Vilaine, étaient parfois de petites chartreuses, par la pauvreté et l'esprit de prière, aussi bien que par l'ardeur au travail.
Le lecteur n'a point oublié dans quel dénuement on vécut tout d'abord à Dinan, à Guingamp, à Lamballe et à Tréguier.
A Lannion, mômes difficiles débuts. Un ancien élève de cette école a parlé en termes émus de « ces classes voyageuses, descendant dans les caves pour grimper aux greniers, courant dans différentes maisons du quartier de l'Allée- Verte, jusqu'à des réfectoires et des dortoirs impossibles. » Il a rappelé un temps oii l'on avait « les esplanades voisines pour cours de récréation et la voûte des grands arbres du quai pour abri de la distribution des prix (1). »
Presque toutes les fondations datant de 1820 à 1830 eurent ainsi leurs jours d'angoisse. Le récit suivantd'un des directeurs d'alors, le frère Armel, montrera quel courage il fallait, en ces temps, pour s'installer, au fond d'une campagne, comme Frère enseignant.
(( En 1829, dit le narrateur, je fus envoyé, par notre bon Père; fonder une nouvelle école à Pleubian. C'est une des plus riches et des plus populeuses communes du canton de Lézardrieux, sur la côte do Saint-Brieuc.
« Dans cette localité, la « classe dirigeante » était alors
(1) Discours de M. Le Cozic, à la distribution des prix des Frères de Lannion, 21 juillet 1877.
hostile aux congrégations religieuses, mais le reste de la population était d'un esprit excellent.
« Le recteur, rempli de zèle pour ses paroissiens, entreprit d'établir une école dirigée par un Frère. H n'ignorait pas l'antipathie que l'autorité municipale et les personnes marquantes avaient pour une telle école, mai^ son zèle pastoral et son dévouement vinrent à bout de tout. La pension du Frère, ainsi que les autres dépenses, étaient à son compte. N'ayant point de maison pour faire la classe, il se décida à l'établir dans l'unique salle de son presbytère.
« Un peu plus tard, un propriétaire, touché des efforts, de M. le recteur, vint lui offrir un grenier dans une des maisons du bourg. La proposition, comme vous le pensez, fut aussitôt acceptée.
« Ce fut dans ce grenier que, mes élèves et moi, nous passâmes le rude hiver de 1829, absolument sans feu. Quant au cabinet qui me servait de chambre, il était en parfait rapport avec ma classe. C'était un poulailler, dans la grange du presbytère. Les poules et les coqs juchaient au-dessus de mon réduit, et les canards gîtaient à l'entrée. Ces pauvres bêtes me servaient de réveille-matin. Une feuille de papier brouillard tenait lieu de rideau à ma fenêtre, et, lorsque le vent menaçait d'éteindre ma chandelle sur ma petite table de travail, j'ajoutais quelque chose aux bourrelets de paille ou de chiffons qui remplissaient les vides des grossières cloisons de cette cellule (1). »
On travaillait dans ces taudis transformés en classes, et les Frères arrivaient, à force de patience, de douceur et d'abnégation, à introduire, dans une salle composée d'une centaine de gamins dissipés et têtus, les usages et les exercices pieux d'une communauté.
Rien de curieux comme ces pratiques scolaires d'il y a soixante ans. Un aimable vieillard, ancien élève
(1) Mémoires d'un ancien. — Chronique des Frères de VlnstriicLion chrétienne, année 1874, p. 55.