UN BREF DE PIE IX
d'un décret de louange. On lisait dans cet acte : « Notre Très Saint Père le Pape Pie IX loue et recommande, dans les termes les plus bienveillants, la société des Frères dits de l'Instruction chrétienne, plein de cette confiance que, par les bénédictions du Seigneur, elle s'accroîtra de jour en jour pour l'éducation chrétienne des enfants (1). »
Le pape ne s'en tint pas aux formules de la pièce officielle. Il prodigua au fondateur les encouragements les plus affectueux, dans le bref suivant que nous devons citer en entier.
a Bien-aimé fils, salut et bénédiction apostolique !
(( Votre insigne charité à l'égard des enfants pauvres, particulièrement de ceux qui habitent la campagne, et le zèle ardent qui vous anime pour leur éducation chrétienne, — zèle qui, béni du Seigneur, produit dans cette partie de la France de si heureux fruits, et en promet de plus grands encore, et qui s'est même étendu jusqu'aux missions d'outre-mer, — ne peuvent pas ne pas recevoir de Nous et de ce Siège Apostolique les louanges les plus abondantes.
« Nous avons attendu avec un vif désir, très cher fils, que Notre Congrégation préposée aux affaires des Evêqties et des Réguliers examinât le but et les progrès de la
Bretagne 182 écoles d'un ou de plusieurs Frères. Le gouvernement nous a confié l'instruction primaire dans les colonies françaises. Les premiers Frères partirent, dans le mois d'octobre 1835, pour îa Guadeloupe, puis successivement nous en avons envoyé à la Martinique, au Sénégal, à Gorée, à Gayenne, à Saint-Pierre et Miquelon ; le nombre des Frères en exercice dans ces diverses colonies est aujourd'hui de 96. La congrégation compte, tant en Bretagne que dans les colonies, environ 600 membres, dont près de 300 sont engagés par le vœu perpétuel.
Monseigneur l'archevêque d'Auch, désirant fonder pour son diocèse une congrégation semblable à celle de Bretagne, nous envoya, il y a quelques années, plusieurs sujets pour se former à notre noviciat, et aujourd'hui l'oeuvre commence dans son diocèse, de manière à lui donner d'heureuses espérances.
Enfin les évêques d'Angleterre, par Torgane de Monseigneur Wiseman, viennent de nous deinindei,' de recevoir les sujets qu'ils destinent à former un institut sur le muJèle du nôtre et avec les mêmes règles ; nous attemdons incessamment ces jeunes gens anglais pour les former à notre noviciat et les renvoyer ensuite en Angleterre.
(1) Voir le texte in extenso dans le Recueil à l'usage des Frères, édition de 1851.
société dont ^^vous êtes le fondateur. En ayant pris-'connaissance, et ayant recueilli le très grave et unanime témoignage de plusieurs Evoques, spécialement celui de Notre Nonce, elle Nous a enfin déclaré son sentiment sur les éloges à décerner à votre société elle-même et au but de son institution. Vous avez, dans le décret qu'elle a rendu sur ce sujet, avec Notre approbation, le 7 du mois dernier, le témoignage de cette louange pontificale ; ainsi croyez bien que, vous et votre société, persévérant avec courage dans- la saine doctrine chrétienne, trouverez toujours en Nous et en ce Saint-Siège Apostolique faveur et proiection. Poursuivez donc, cher fils^ poursuivez avec ardeur l'œuvre vraiment belle que vous avez entreprise depuis déjà tant d'années, et déployez, jusqu'au dernier jour de votre vie, votre zèle, vos efforts et toute votre activité pour faire régner parmi tous les membres de votre institut, la mutuelle concorde des esprits, et augmenter en eux de jour en jour le désir ardent de pourvoir, surtout en ces temps de deuil et d'amertume, àla chrétienne éducation des enfants pauvres. Nous souhaitons et Nous sollicitons du Seigneur, pour vous et pour eux tous^ prospérité et consolation, et, comme présage d\m si grand bien et comme gage de Notre charité paternelle envers vous. Nous vous accordons, de l'intime affection de Notre cœur et avec amour, à vous-même, très cher fils, et à votre société tout entière. Notre bénédiction apostolique.
(( Donné à Saint-Pierre de Rome, le 1^'' février de l'an 1851, de Notre pontificat le V*'.
« Pie IX, PAPE. »
En déployant cette lettre, les mains du vieillard tremblèrent d'émotion, et des larmes de bonheur roulèrent sur ses joues ridées. Ses labeurs surhumains d'un demi-siècle, son immense pitié pour les ignorants et les pauvres, les efforts ininterrompus de toute sa vie pour la consolation et le relèvement des déshérités, tout cela était enfin reconnu, proclamé, exalté, tout cela était récompensé d'une parole, mais de la parole victo-