SUPPLIQUE ADRESSÉE A ROME
Le fondateur des Frères sentait, lui aussi, que sa tâche touchait à sa fin. Quarante ans avaient passé sur son œuvre ; six cents religieux, formés par lui à la vie apostolique, élevaient près de cinquante mille enfants dans la crainte de Dieu et l'amour du devoir. Aux yeux des hommes, le succès était complet et l'avenir assuré. Mais lui, l'humble prêtre, en jugeait autrement. C'est d'ailleurs qu'il attendait la promesse de vie. Prosterné aux pieds de celui qui est, ici-bas, la plus haute personnification de la paternité : « Père saint, lui dit-il à son tour, l'heure est venue... Une seule chose me reste maintenant à désirer, mais je la désire du fond du cœur et la demande instamment à Votre Sainteté^ c'est qu'elle daigne bénir l'institut des Frères de l'ipstruction chrétienne, en approuvant de la manière qu'elle jugera le plus convenable ses règles et ses constitutions. Cette grâce insigne serait pour notre petite congrégation un gage précieux de durée et d'accroissement. Et moi, désormais sans inquiétude pour son avenir, je mourrais content, si j'avais la consolation de la voir affermie par kl paternelle bénédiction du Vicaire de Jésus-Christ (1). »
C'est en 1848 que M. de la Mennais fit parvenir cette supplique à Rome, par l'intermédiaire du nonce apostolique, Mgr Fornari. Il y avait joint un exemplaire de la règle des Frères, une courte notice sur la congrégation et une copie de son Acte de dernière volonté, revêtu de la signature de six évoques bretons (2i, auxquels s'était joint Tarchevêque d'Auch (3).
(1) Cité dans la circulaire adressée aux Frères le 24 juin 1851. Cette circulaire figure en tête de la nouvelle édition du Recueil publiée la même année.
(2) Mgr de Lesquen avait voulu s'unir aux titulaires des cinq diocèses de la province.
(3) Voici la notice envoyée à Rome. Cette pièce donne des détails très précis sur la situation de l'institut en 1849.
Notice sur l'origine et V accroissement de Vinslitut des Frères de l'Instruction chrétienne.
On commença, en 1815, à établir dans la province de Bretagne des écoles primaires gratuites pour les garçons, dirigées par les Frères de M. de la Salle, et aussi, mais en très petit nombre et dans les villes seulement, des écoles d'enseignement mutuel. Les campagnes étaient abandonnées, et la plupart des villes mêmes
L'a(ïaire fut soumise à la congrégation des Evoques et Réguliers, qui, après un rapport des plus honorables pour l'institut et son fondateur, conclut à l'opportunité
d'une population moyenne n'avaient aucun établissement public de ce genre, avant que la congrcgatioa des Frères de l'Instruction cliréfienne existât. Quelques maîtres particuliers apprenaient à lire et à écrire, suivant la méthode individuelle, aux enfants assez riches pour payer une rétribution, voilà tout.
Cet état de choses était déplorable ; mais, pour le changer, il y avait beaucoup d'obstacles à vaincre.
L'étendue de nos communes rurales et le peu de population de nos bourgs obligent les enfants à faire, pour se rendre à l'école, souvent deux lieues par des chemins atfreux, surtout en hiver. L'absence de local convenable, l'insouciance des parents qui ne désirent point pour leurs enfants une instruction plus étendue que celle qu'ils ont eux-mêmes reçue, la pauvreté des communes, et, dans une grande partie de la Bretagne, la langue bretonne, qui ne permet pas à un instituteur qui ne sait que le Français d'mstruire des enfants qui n'entendent que le bretom, étaient tout autant d'obstacles difficiles à suf monter.
La congrégation des Frères de l'Instruction chrétienne fut fondée en 1817, et nos statuts furent approuvés par une ordonnance royale, en date du l*-" mai 182-2.
A l'origine, il n'y avait presque jamais qu'un Frère par commune dans les campagnes, et même dans les petites villes ; il logeait toujours au presbytère, et, par conséquent, il n'y avait pour lui ni loyer à payer, ni ménage à tenir. Les rétributions appartenaient aux fondateurs de l'école, sauf à eux à payer le traitement du Frère et sa pension chez le curé.
Le Frère était utile au curé, soit en enseignant le catéchisme, soit en aidant au chant des offices, etc. ; les curés étaient donc disposés à faire pour ces instituteurs des sacrifices qu'ils n'auraient pas faits pour d'autres. Ils mettaient un grand zèle à faire venir les enfants à Técob, et pourvoyaient, au besoin, à l'embarras du local, en cédant une partie de leur presbytère.
Depuis la publication de la loi du 20 juin 1833, les Frères continuent à loger au presbytère, mais nou^ ne traitons plus directement avec le curé que pour les écoles qu'il fonde lui-même.
Pour les écoles communales, nous traitons avec la commune, sauf à elle à convenir avec le curé du prix de la pension du Frère, dont le •curé reste toujours supérieur local. /
Outre nos maisons rurales, dont le nombre s'est beaucoup accru, nous avons, de distance en distance, des maisons où les Frères vivent en communauté, et qui servent de centre aux écoles groupées autour d'elles. Lorsqu'un Frère tombe malade ou s'absente pour quelques jours, on détache un Frère de ces maisons pour le remplacer provisoirement, de sorte que nos écoles ne sont jamais suspendues, même un seul jour dans l'année.
Dans nos principales maisons, nous avons des pensionnats : et, dans les paroisses rurales d'une vaste étendue, pour ép;irgner aux enfants la fatigue et l'embarras des routes et le vagabondage, ils demeurent toute la journée et même couchent dans les maisons d'école.
La maison de Ploërmel. qui est la maison principale et le noviciat,
se compose habituellement d'environ 230 Frères, y compris les novices
et les Frères de travail. Tons les Frères s'y réunissent, chaque année,
dans le mois d'août, pour y faire la retraite en commun, pour y rendre
Jours comptes et y renouveler leurs engagements. Nous dirigeons en