‹ Jean-Marie de la Mennais, 1780-1860Chapitre 171 sur 260 · POUR LA DÉCENTRALISATION SCOLAIRE · texte numérisé non relu

POUR LA DÉCENTRALISATION SCOLAIRE

« Nulle ville ne pourra entretenir, en tout ou en partie, d'autres établissements d'instruction secondaire, qu'un ou plusieurs collèges^ dont les principaux et les régents seront pourvus de grades universitaires^ et nommés par le ministre de l'Instruction publique (1). » Bien entendu, principaux et régents des collèges communaux, venant de Paris ou d'ailleurs, totalement inconnus des braves bourgeois des sous-préfectures provinciales, devront être payés, sur les fonds du budget municipal; en outre, cTTaque ville devra garantir leur traitement pour cinq ans.

Cette idée, qui, malheureusement, a fait son chemin depuis lors, entrait difficilement dans les esprits, et révoltait plus que personne M. de la Mennais. Son écrit a pour but de la faire écarter.

Après avoir démonlré, chilïVes en mains, que la plupart des petites villes ne pourront, faute de ressources, faire subsister leurs collèges, il relève, avec une maîtrise souveraine, le ridicule et l'odieux d'une législation qui im- ' pose à une commune l'entretien de maîtres qu'elle n'a pas choisis, dont peut-être elle réprouve les principes, et cela, sans avoir égard aux plus légitimes réclamations.

11 plaide ensuite la cause de ces « petits collèges » qui offrent aux familles l'avantage si précieux de garder leurs enfants près d'elles, sinon pour achever leur éducation, du moins pour essayer leurs forces et permettre d'apprécier lôur capacité. Il montre enfin que le projet Villemain est dirigé contre les pauvres, et même contre les familles de la classe moyenne, hors d^état d'envoyer . leurs fils aux collèges royaux. Quant aux écoles privées, elleg seront atteintes elles-mêmes, si l'on admet les vues du ministre, par une foule de mesures vexatoires qui les empêcheront de prospérer et même de vivre. Et il conclut : « Vous tuez tous ou à peu près tous les collèges des petites et moyennes villes ; vous tuez tous les pensionnats ; vous tuez les institutions privées. — ,

(1; Article 21.

Qu'est-ce donc que votre loi? Une Saint-Barlhélemy. »

Il avait intitulé sa spirituelle philippique : De l'avenir réservé aux collèges communaux par la loi Villeinain (1), et il défendait très particulièrement les intérêts de ces collèges.

Le fait peut paraître étrange, de la part d'un homme qui avait fait jadis une si rude opposition aux universitaires bretons. On soupçonne que, s'il guerroyait ainsi contre le ministre , ce n'était pas uniquement par tendresse pour les écoles officielles.

Les choses avaient changé depuis 1820. Menacés par la concurrence des pensionnats de Frères, les collèges de plus d'une ville bretonne, ceux de Dinan et de Vitré, par exemple, s'étaient améliorés. Parfois même, rétablissement municipal et l'école libre étaient arrivés à une entente qui leur permettait de vivre côte à côte , et même de se soutenir mutuellement. Dans ce cas, la disparition du collège municipal devait porter préjudice à la maison des Frères, et M. de la Mennais avait un intérêt personnel à l'empêcher.

Mais, redisons-le, en composant sa brochure, il cédait à des motifs d'un ordre beaucoup plus général et plus élevé. Tout effort vers la centralisation, même au détriment des petits collèges universitaires, lui paraissait un malheur et une faute. La nomination directe par le ministre de tous les régents était, pour lui, une atteinte portée à la liberté des parents ; c'était une faute de ne pas consulter, pour les nominations, les conseils municipaux, mandataires naturels des familles ; c'en était une autre d'imposer aux jeunes gens de toutes les provinces, même dans les collèges, un t^nseignement uniforme, sans tenir plus de compte des traditions et oes souvenirs locaux, que des nécessités, diverses à l'infini, des futures carrières.

La discipline des collèges municipaux fût-elle insuffisante, qu'il faudrait encore les défendre, car il est plus

(1) Paris, Waille, 1844.

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