SCÈNE QUATRIEME
Ma force est usée, et je tremble De faiblir, 6 mon Dieu !
Qui peut te retenir Ici?... Quelle espérance as-tu? Quel avenir?,,» La solitude est dans ton logis, et sans cesse Son ombre s'étendra, froide, sur ta Jeunesse, Tu n'entendras jamais d'enfants à ton foyer, Jamais tu ne verras le printemps sans noyer Tes yeux de pleurs amers, et, lasse d'une épreuve D'où tu ne pourras plus sortir que morte ou veuve^ Tu traîneras ton joug plus dur de jour en jour f Epouse sans famille et femme sans amour!
Thérèse.
Jean!.,. Oh! ne me dis pas ces choses, je t'en prie!
Jean-Marie, lui saisissant k main.
Viens!.. Nous irons chercher là-bas une patrie Hospitalière et douce... Entre elle et le passé Nous mettrons l'Océan immense... Viens!.. Je suz Dans les mers du tropique une lointaine Antille Qu'un printemps éternel réjouit^ et qui brille Sur les Jlocs bleus ainsi qu'un nouveau Paradis. Là, nous retrouverons les jours du temps jadis; Nous vivrons oubliés dans un coin de cette île,
}4 jean-Mauie.
Cultivant de nos mains une terre fertile
Et n'ayant qu'un seul toit^ qu'un seul cœur!.. Tu verras^
Le soir, de beaux enfants s'endormir dans tes bras,
Et notre amour sera profond et sans mesure
Comme la mer!
Il l'entraîne vers le fond.
Thérèse, éperdue.
Attends encor !.. Je t'en conjure!..
Grâce !... J'ai le vertige et ma tête se perd!
Attendre! Le temps presse et le jour fuit... Que sert D'attendre?... Hâtons-nous, si Joël tout à l'heure...
Thérèse, s'arrètant.
Joël! Ah! tu VOIS bien qu'il faut que je demeure,..
Elle le repousse et se réfugie sur le devant de la scène.
Va-t'en, je ne puis pas partir... Je ne veux pas!
Elle fait quelques pas vers lui.
Songe qu'il est brisé par l'âge... Qu'il est las... Que je SUIS son soutien et sa seule espérance; Qu'il a quitté pour moi jusqu'à sa terre... Pense Qu'il fut notre sauveur; que, sur le grand chemin, Ala mère et moi, sans lui serions mortes de faim; Songe que j'ai juré, que son cœur se repose