Scène deuxième
Thérèse.
Elle secoue la tête comme pour chasser une idée fixe
Pardon!
Joël.
Toujours distraite et toujours V œil perdu Dans un rive ou dans un nuage! ... A quoi peux-tu Penser ?
1 hf fèse^ revenant vers Joël, après avoir porté la bouteille et le verre sur le bahut.
Eh bien, Joël, me voilà tout oreille} Avez-vous bien vendu vos froment si
Joël.
A merveille!
Jamais au mois de juin la vieille halle aux blés N'avait vu sous son toit tant de gens rassemblés. L^ bétail et la foule à tout moment accrue /iinsi qu'un jiot houleux débordaient dans la rue. Les cuisines Jlambaient , les vitres des maisons Laissaient voir l'àtre clair où, devant les tisons, Les crêpes de blé noir bouillonnaient dans la poélt. Les marchands foisonnaient , et les pièces de toile Et les bijoux luisants attiraient le regard.
11 va chercher le paquet sur le meuble où il l'a déposé en entrant.
;a Jean-Marie.
Sur le gain du marché j'ai prélevé ta parc, Comme de juste, et J'ai choisi ces bagatelles.
Il ouvre le paquet et montre des étoffes de ioie aux couleurs éclatantes.
Je ne m'y connais pas... Dis-moi, te plaisent-elles? Les gens qui les vendaient m'ont donné pour certain Qu'elles venaient, comme eux, d'un pays très lointain. Des îles du Japon, je crois, ou de la Chine... Et d'arriver de loin, certe, ils avaient la mine^ Ces pauvres matelots maigres et demi-nus!
Thérèse^ tressaillant.
Des matelots!..
A part.
Ceux-là, du moins, sont revenus!. ,
J OCl, d'un air désappointé.
Eh bien ! tu restes là toute silencieuse?
Moi qui croyais... Allons! j'ai la main malheureuse!
C'est donc laid?
Thérèse.
C'est trop beau!... Vous êtes bon, Joél, Trop bon pour moi!
Joël, se levant.
Trop beau?... Trcp bon?.. Eh! juste ciel, Pour ne plus voir ton front pâle et mélancolique. Je voudrais te parer ainsi Qu'une relique!