‹ Jean-Marie; drame en un acte, en versChapitre 6 sur 23 · Scène deuxième · texte numérisé non relu

Scène deuxième

Mais je me creuse en vain le cerveau jusqu'au fond,

Tu gardes ta pâleur et ton ennui profond...

Tiens, tes yeux sont tout gros de larmes, et ta joue

En conserve la trace encore humide... avoue

Que tu pleurais tantôt, lorsque je suis entré...

Ah! tes pleurs, que de Jais ils m'ont désespéré!

J'en accusais la mort récente de ta mère,

Je me disais : le temps les séchera... Chimère!

Le deuil des autres cède au temps, mais ton chagrin

Pousse en dépit de tout, pareil au mauvais grain!

Thérèse.

Je ne veux plus penser aux choses qui me troublent; Je ris... Voyei!

Elle essaye de sourire et fond en Jarmes.

Joël,

avec amertume.

Je vois que tes larmes redoublent!...

Qu'as-tu?.. Parle! Pour être heureuse à ta façon. Que veux-tu?.. Déplus beaux meubles dans ta maison?. Plus de vaches au pré?. ..Plus de linge en ton coffre?... Dis-moi ce qui te fait envie, et je te l'offre...

Thérèse.

Ah! par tous vos bienfaits mes remords sont doublés! Plus je me sens coupable et plus vous me comblej, Joël!

Joël, stupéfait.

Toi f des remords?... Toi , coupable , Thérèse?...

Thérèse.

Hélas! fai sur le cœur un secret qui me pesé, Et bien souvent déjà je me suis reproché. Comme un péché mortel, de vous l'avoir caché...

Joël.

Qu'est-ce à dire?... Un secret entre nousï... S'il me touche,

Quel étrange motif a pu fermer ta bouche?

Thérèse,

Sitôt ma main promise et dès le premier jour,

O Joël, je voulus vous parler sans détour ;

Mais ma mère en tremblant m'imposa le silence.

J'obéis... J'avais tort, et sur ma conscience

Je ne garderai pas ce fardeau plus longtemps.

Jadis, sur le chemin qui mène aux Trois-Etangs...

Un jeune homme habitait dans une pêcherie ;

Son bourg était Ker-laj, et son nom Jean-Marie.

Mes parents V acatcillaient, nous grandissions près d'eux.

Ayant même plaisir, même peine, et tous deux

D'une pure amitié îious sentant l'âme prise,

Page 1