LES OUVRIERS ARMURIERS
Pan ! Pan ' Pan ! nous forgeons l'acier: Notre dur marteau le moclMe Et notre burin le cisélCj
Pan ! Pan ! Pan ! dans notre atelier.
HUBERT
Il sert, l'acier qui sonne,
Au laboureur comme au guerrier ;
Sabre ou soc se façonne
Sous le lourd marteau d'ouvrier.
Au soleil des victoires,
Parn)i le? cris, parm; les fleurs.
L'acier, le r-ymbole des gloires,
Fièrement fait vibrer les cœurs.
HUBERT (montrayit la gardr)
Enfin 1 la voilà découpée î
Œuvre d'art, travail délicat
Que la garde de cette épée !
Toi, François, toi c|ui fus soldat.
Là vois-tu, dans un poing, crispée.
Un matin de bataille?...
FRANÇOIS
Oh: moi, C'est du sabre et non de ré])éo Que s'armait mon bras...
HUBERT (souriant)
Par ma foi, C'est une étrange destinée Qui. par le sort, te fut donnée...
FRANÇOIS
Napoléon nous offrait seulement L^acier par lequel on égorge ; Et ce môme acier maintenant Je le inartelle et je le forge!...
HENRI
BravOj l'ancien hussard.
C'est très bien dit ! courage î Il faut que sans retard se termine l'ouvrage. De fixer ici le blason Qui s'est chargé ?
FRANÇOIS C'est moi.
^ HENRI
J'achève
La gravure de ce canon
Au quel je travaille sans trêve.
HUBERT Où donc est Jean ?
HENRI
Au magasin !
Il est allé prendre une pique.
11 passe aussi par la fabrique, Pour la boucle et le gorgerin.
LOUIS (riani)
Auriez-vous donc peur qu'il s'égare En chemin ?...
HENRI (de même)
Ou que des doux yeux D'une belle et, sans crier gare.
Il se soit épris !...
] can-Michel
LOUIS (continuant)
Ou mieux, Qu'il ait suivi cette coquette...
La jeunesse est folle, patron!
HUBERT (riant à son tour)
C'est vrai! j'ai tort... Je m'inquiète Sans raison. Bien sûr, le garçon Ne peut être ici.
LOUIS
(A François) La demie f
Eh ! novice, assez travaillé !
Allons, la besogne est finie !
(A Hubert)
Si, par là, Jean, a traînaillé, Nous vous le renv^errons bien vite....
Ah ! père Hubert, vous le choyez Comme une maman...
HENRI
Il évite
Ses amis... et vous l'appuyez^ Quand il refuse une partie...
HUBERT (triste)
En ce monde, il reste seul
De ma famille anéantie,
Le petit-fils avec Taieul...
Et j'&i peur pour lui... l'infortune
Rend défiant
HENRI
Pour vous, ce soir, Notre joie est presqu' importune...
Bonne nuit, père Hubert !...
HUBERT
Bonsoir !
^ Jean-Michel g
(Tous les ouvriers quittent Vatelier Hubert, les accompagne jusqu^à la forte et les regarde un instant s^ éloigner)'